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14 Octobre 2016

Bill Bruford

L'autobiographie

par Raphaël Dugué

La deuxième tournée de King Crimson sur le sol européen en deux ans (phénomène qui semble aussi rare et exceptionnel que la sortie d’un album de Tool) est l’occasion de se plonger (ou replonger) dans l’autobiographie de celui qui a été le batteur le plus emblématique du groupe (et du genre progressif dans son ensemble ?) pendant vingt-cinq ans, Bill Bruford.

Dans ce livre, il évoque son travail avec les formations les plus emblématiques de la scène progressive ainsi que ses projets orientés jazz. La structure de l’ouvrage est globalement chronologique, mais Bruford se permet de faire des aller-retours entre les différentes périodes, chaque chapitre étant l’occasion de répondre de façon plus ou moins détournée aux questions entendues le plus souvent au cours de sa vie de musicien : « Pourquoi avez-vous quitté Yes », « Travailler avec Robert Fripp, c’est comment? », « Jouez-vous uniquement ce que vous avez envie de jouer », « D’accord, mais votre vrai métier, c’est quoi ? » etc. Tout au long des quatre cent vingt pages de cette autobiographie, Bruford évoque son rapport avec son instrument, l’industrie musicale du rock et du jazz (deux milieux à l’exact opposé) ainsi que le quotidien de musicien en studio ou en tournée, du banal au sublime. Dans la première catégorie, il s’agit d’attendre pendant des heures l’arrivée d’un guitariste pour commencer un enregistrement, du type de nourriture auquel on a droit si l’on est dans un groupe de rock qui vend par millions ou dans un groupe de jazz à taille plus modeste, de la lassitude de répondre à la chaîne aux questions ennuyeuses des journalistes (passage qui a donné des sueurs froides à l’auteur de ces lignes). Dans la deuxième, Bruford évoque les moments trop rares où tout semble fonctionner à merveille.

L’autre aspect du livre, c’est l’érudition de son auteur qui analyse en profondeur le business musical, l’aspect artistique et sociologique des musiques populaires et de celles dites savantes (distinction qu’il fait d’ailleurs voler en éclats) appuyé par une bibliographie conséquente. Bill Bruford donne aussi son point de vue dépassionné sur le rock progressif dont il souligne la liberté artistique mais n’hésite pas non plus à pointer les écueils (un genre qui parle surtout à un public masculin, aisé et blanc).

Ceux qui souhaiteraient en revanche en savoir plus sur les moindres détails des sessions d’enregistrement de U.K. ou King Crimson peuvent passer leur chemin, cela fait longtemps, Bruford le confesse, qu’il a oublié pourquoi tel type de cymbale a été utilisé sur tel morceau, broutilles qui ne ne l'intéressent guère de toute manière. Il évoque néanmoins l’ambiance de travail des différents groupes et son sentiment par rapport à sa création (on sent une affection particulière du batteur pour la période Discipline de King Crimson par exemple). Publié par l’excellente maison d’édition le mot et le reste, la traduction de l’ouvrage par Aymeric Leroy (auteur de King Crimson chez le même éditeur) est honnête sans être exceptionnelle, même si elle contient quelques petites erreurs qui ne gênent pas trop la lecture.

L’autobiographie de Bruford est donc un ouvrage essentiel pour tous ceux qui aimeraient en découvrir davantage sur le monde de la musique en général et le parcours de son auteur en particulier, il permettra aussi de mettre en lumière les projets plus confidentiels du batteur. Il est enfin un rappel bienvenu aux non-musiciens de l’effort que demande la création musicale et la poursuite d’un idéal artistique dans un milieu souvent difficile.

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