coup de coeur
10 Octobre 2016

Ibrahim Maalouf

10 ans de live !

par Jean-Philippe Haas

Quiconque a eu l'occasion de voir et d'entendre Ibrahim Maalouf en concert le sait bien : le trompettiste possède cette faculté peu commune de capter l'attention et de s'attirer la sympathie du public pour partager sa musique qui, bien qu'instrumentale et trouvant ses fondements dans le jazz, se mêle avec bonheur à la pop la plus accessible et aux influences orientales. Et ils ne sont pas nombreux à avoir osé ce mariage pour amener dans de grandes salles comme les Zénith un genre a priori réservé aux petits clubs ou aux festivals spécialisés. Quitte à faire quelques jaloux dans un milieu parfois un peu guindé et qui regarde encore d'un mauvais œil ses artistes les plus populaires, « Ibé » est aujourd'hui le meilleur ambassadeur d'une certaine vision du jazz.

Car, qui d'autre que lui peut faire reprendre en chœur « Ya Ha La » ou « Red & Black Light » par plusieurs milliers de personnes, les faire danser sur « Nomade Slang » ? Qui d'autre peut solliciter à la fois Juliette Gréco pour « La Javanaise » et la Maîtrise de Radio France sur le très symphonique « True Sorry » ? Le Franco-Libanais a le sens du spectacle et voit grand. En sillonnant notamment l'Hexagone depuis dix ans, et plus particulièrement depuis Illusions (Victoire de la Musique en 2014) et ses deux derniers disques sortis conjointement, Red & Black Light et Kalthoum, ce marathonien de la scène a acquis une popularité chez tout un public pas spécialement porté sur le jazz à l'origine, mais attiré par un artiste qui aime ignorer les barrières entre les genres, transmettre par la musique, à la trompette ou au piano, des thèmes lui tiennent à cœur (l'émouvant « Beirut » sur sa ville natale, son hommage aux femmes avec « Red & Black Light »…). Pour ses concerts, Maalouf a réuni autour de lui une fine équipe composée notamment du pianiste Frank Woeste (auteur récemment de l'excellent Pocket Rhapsody) et du batteur Stéphane Galland (Aka Moon). Capté en divers lieux au cours des dernières années – au Zénith de Nantes, à l'Olympia, dans différents festivals de jazz comme Vienne ou Marciac, ou encore au Babylon d'Istanbul - 10 ans de live ! présente des shows millimétrés, ménageant toutefois de petites fenêtres ouvertes à l'improvisation : on sait Maalouf ardent défenseur de cette pratique plus guère enseignée. A l'image de son public, très varié, cet album se décline en divers formats, au goût de chacun : best of, livre-disque, trente-trois tours, coffret collector

Ce témoignage est le point d'orgue d'une décennie en crescendo pour l'artiste. On lui en souhaite quelques autres, tout aussi enthousiasmantes, métissées, tournées vers le rassemblement et – le mot n'est pas trop fort - la communion dans la musique.

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