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05 Octobre 2016

Alcest

Kodama

par Florent Canepa

Chaque époque, décennie, année nous apporte son lot de nouvelles catégories stylistiques mais rarement terme n’aura aussi bien collé à Alcest que celui de blackgaze. Rencontre fortuite entre le shoegaze des anciens comme Hüsker Dü ou Ride et la noirceur mélancolique d’un Katatonia, saupoudrée de vocalises et rythmiques typiquement black metal, la musique du champion français n’est pas un gimmick. Elle a sa légitimité et, fierté nationale, donne souvent encore plus à voir et entendre que son confrère américain Deafheaven. Le japonisant Kodama vient en apporter une preuve supplémentaire, s’il en était besoin.

Si on devait identifier un titre comme particulièrement révélateur, ce serait sans doute l’un des premiers extraits, « Oiseaux de proie », dans lequel la batterie martelée s’accorde à merveille avec ce mur de guitares rythmiques, si caractéristique des nineties asthéniques. C’est bien là que réside l’inventivité de Neige (Stéphane Paut), le pilote du vaisseau. Un vaisseau aux ambiances stratosphériques qui emmène l’auditeur au cœur d’un voyage d’une quarantaine de minutes où les secousses ne sont tolérées que pour prendre un nouvel envol.

L’inspiration principale de l’album, le film d’animation Princesse Mononoke, né du fantastique imaginaire de Hayao Miyazaki, se retrouve dans plusieurs niveaux de lecture. Les morceaux combinent une métronomie quasi industrielle (la civilisation) et un halo profondément organique (la nature). L’autre dualité se dessine entre mélancolie et radiance : si le propos sourd et parfois amorphe (dans le bon sens du terme, s’il existe) construit le spleen, les contours mélodiques dessinent une élévation positive (« Je suis d’ailleurs » et ses chœurs cérémonieux).

Alcest est naissance et agonie tout à la fois, chemin et impasse, évidence et impénétrabilité. Alors que le duo avait frappé fort avec Shelter, sorti trois ans plus tôt, il semble poursuivre sa mue, à l’image des cousins plus bruyants Gojira. Les Kodama désignent ces esprits qui habitent dans les arbres et apparaissent si la forêt est menacée. Si la forêt est notre environnement musical, notre mission à nous, chers auditeurs conscients, est alors peut-être de protéger ce feuillage créatif.

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