coup de coeur
28 Septembre 2016

Jeremy Flower

The Real Me

par Jean-Philippe Haas

Si vous suivez les conseils avisés que vous distillent ces pages, alors vous avez déjà eu affaire à Jeremy Flower. Invité par le duo américain Rabbit Rabbit Radio, le multi-instrumentiste y allait de sa partie de guitare sur le titre d'ouverture de l'excellent Year of the Wooden Horse. Sur son album The Real Me (aucun hommage à The Who en vue, a priori), il rend la pareille à Carla Kihlstedt et Matthias Bossi, respectivement au violon / chant et à la batterie.

Et on peut dire qu'en termes d'arrangements et de mélange d'instruments, il s'y connaît. On le découvre immédiatement avec le singulier « Take », chanson pop où les parties orchestrales, explosives et sophistiquées, font mouche, quand quelques dissonances viennent surligner l'étrangeté de la composition. Une efficacité qu'on retrouve sur le bref et très énergique « Along The Banks ». « The Real Me », lente marche funèbre traversée de rares rayons de soleil ou le superbe « The Loneliest Number » témoignent de la même adresse pour mêler pop, musique de chambre et électronique discrète. La belle Carla, doublée parfois par l'économe Jeremy, pose sa voix charmeuse sur des chansons dont l'ambiance générale est plutôt sombre, ou du moins qui ne se prêtent pas aux débordements de joie, comme ce « Blow Up » folk nonchalant qui dérive lentement vers un rock symphonique ou « Stay With Me », touchante bande originale douce-amère d'un film intimiste. Les titres parlent d'ailleurs souvent d'eux-mêmes : « As October Becomes », « No Expectation of Sucess », « False Comfort »… Quelques moments plus heavy comme « My Dove » ou « This Paradise » secouent ce panier de mélancolie tout en rajoutant un peu de drame à la partition, s'il en fallait encore.

Avec une grande maîtrise des atmosphères, Jeremy Flower développe en quatorze titres et soixante-dix minutes une musique très visuelle à califourchon entre le rock indépendant et la pop, utilisant avec parcimonie des sonorités électroniques tout en tirant le meilleur parti de nombreux instruments acoustiques. Une science de l'arrangement qui n'est pas étrangère à la fascinante et triste beauté de The Real Me.

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