:|
21 Septembre 2016

Thank You Scientist

Stranger Heads Prevail

par Jean-Philippe Haas

Cliché parmi les clichés, le troisième album d'un groupe est traditionnellement appelé celui « de la maturité ». Dire que ce nouveau Thank You Scientist était attendu au tournant relève du plus grand des euphémismes. Après un court apéritif intitulé The Perils of Time Travel, l'entité bicéphale constituée d'un typique quatuor rock/metal et d'un trio acoustique avait réalisé un quasi sans faute avec Maps of Non-Existent Places. On voyait donc mal comment Stranger Heads Prevail allait faire mieux. Pari tenu ?

L'introduction (« Prologue : A Faint Applause... ») n'est pas sans rappeler celle du précédent album : calme, et faisant la part belle aux voix. « The Somnambulist » prend ensuite la relève, emballant considérablement la machine au moyen d'une guitare syncopée généreusement heavy, discrètement secondée par l'équipe violon / saxophone / trompette. Malgré une évidente bonne volonté, c'est moins ébouriffant, moins inattendu que ne l'était « A Salesman's Guide to Non-Existence »... L'effet de surprise se serait-il dissipé ? Une semi-déception commencerait-elle à poindre dès les premiers titres ? Vite, « Caverns » s'évertue à en mettre plein la vue et à apaiser temporairement nos doutes en jouant sur les aspects les plus sauvages et virtuoses des Américains. Mais à mesure qu'on avance, on se dit que les compositions ont beau être solides, on a déjà, sous une forme ou une autre, entendu ça sur Maps of Non-Existent Places. Les réjouissances jazz et funk de « Mr. Invisible » ont pourtant tout pour plaire, comme le long instrumental « Rube Goldberg Variations », excitant fourre-tout où le trio acoustique a largement de quoi s'exprimer, mais on ne peut s'empêcher de trouver au reste un côté excessif qui a du mal à donner le change et à offrir l'originalité qu'on attendait. Le riffing et les solos de la guitare, les plans de batterie, les inserts prévisibles des cuivres… tout cela a déjà été fait, en mieux, par la même équipe. Et que dire du chant, un peu trop soul, qui au bout d'une heure dix finit par lasser sérieusement au point qu'on regrette presque un braillard de service ? Certes, la production s'est affinée, et les autres instruments n'ont pas à pâlir aux côtés de l'omniprésente guitare. De plus, les compositions sont toutes de haute volée, c'est indéniable.

Alors est-ce chipoter que de faire ainsi la fine bouche avec ce disque « quasiment aussi bon que le précédent » ? Peut-être que non. Car si beaucoup se contenteront du statu quo, d'autres attendaient tellement plus après le formidable prédécesseur de Stranger Heads Prevail et déploreront l'absence d'évolution, de renouvellement. Nous sommes de ceux-là.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir