:)
01 Septembre 2016

Les Comptes de Korsakoff

Ghost Train

par Jean-Philippe Haas

Les Comptes de Korsakoff, LCDK de son petit nom, a débuté comme un duo de jazz basse-chant-batterie en 2010 avec Le coupe-gorge, un EP déjà très théâtral et un brin expérimental, tout en atmosphères inquiétantes. L'arrivée d'un violoncelle en 2013 sur l'album KARL, fait prendre, dans tous les sens du terme, de l'épaisseur au groupe, affirmant son style baroque. Le « Karl » dont il question est atteint du syndrome de Korsakoff (entre autres l'amnésie) du fait de son alcoolisme et de sa malnutrition, et perd contact avec le réel. Le ton est donc on ne peut plus joyeux. L'année suivante, le trio devient un véritable collectif de neuf musiciens et enregistre les trois titres de Le Projectionniste en 2014, puis sa suite Ghost Train.

Plantons le décor : côté atmosphère, on vogue entre le cabaret et Tim Burton tandis que musicalement, il s'agit d'un brassin de jazz, de rock, de bande originale de film, différemment dosés d'un titre à l'autre. Des ambiances gothiques s'invitent sur ce jazz vocal à travers les scansions du bassiste/chanteur Geoffrey Grangé, raconteur possédé à la diction sentencieuse et dramatique. La section rythmique fournit le groove nécessaire, pendant que le piano et les cuivres se lancent parfois dans les exubérances d'un big band (« Sailing out of sight ») mais aussi, par petites touches discrètes ou explosives, viennent appuyer les éléments narratifs menés par la voix emphatique (« Monologue of the Beggar »). Très typée, pour ne pas dire cérémonieuse, la musique de LCDK passe également par quelques superbes moments éthérés et hypnotiques (« Hour of Wolf ») qu'on sent issus de l'improvisation, et qui empruntent autant au post rock qu'au jazz minimaliste.

Pour peu qu'on accepte que le « chant », un peu monolithique dans son maniérisme, est indissociable de la musique, on sera séduit par ce Ghost Train qui atteint aisément le but qu'il s'est fixé : raconter une histoire originale avec force rebondissements sonores.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir