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24 Août 2016

Amoeba Split

Second Split

par CHFAB

Deuxième effort pour cette formation espagnole venue de Galice. On avait déjà très nettement repéré leur tout premier disque (2010), aux effluves marquées et plutôt remarquables de jazz rock, façon cuivres, tempérées d'école de Canterbury, dont on reconnaissait, outre les parties d'orgue et rythmes jazzy, la volonté d'inscrire leur musique dans un cadre chanté.

Changement notoire: exit le chant féminin; cette voix simple et belle qui assurait sa part canterbury, bien que malheureusement peu assurée. En gros, c'était le vrai point faible de ce départ, pourtant dans l'ensemble très réussi. Place désormais à une musique exclusivement instrumentale, plus encore fondamentalement jazz, puisqu'ouvrant très largement les portes de l'improvisation. Saxophone, flûte, violon ou trompettes sont désormais les rois incontestables du débat. Les amateurs éclairés de jazz complexe feront peut-être la moue. Mais c'est sans compter un sens très fin et subtil des arrangements, des thèmes, des boucles rythmiques, des superbes séquences qui articulent chaque duel. Fondamentalement, c'est le sens de l'écriture qui prédomine, et fait la force d'Amoeba Split, ayant pour résultante un intérêt constant pour chaque plage, toutes contrastées, et suffisamment émaillées de trouvailles.

Orgue Hammond sous-jacent, mellotron flûté, Rhodes trafiqué ou Moog mélodique, piano impérial, nappes symphoniques. Tout est très savamment dosé. Peu de guitares, toujours folks, grattées ou en arpèges discrets. On aura même droit à un peu de musique de chambre, avec violon, contrebasse et vibraphone, dans le superbe « The Book Of Days ». Quelques accents plus graves voire inquiets se feront sentir sur le très beau et construit « Those Fading Hours ». Basse et batterie savent admirablement bien se fondre dans chaque décor. Enfin, quelques effets ou sons concrets interviendront ça et là histoire d'orienter telle ou telle ambiance.

Point de lyrisme, donc, car on nage plutôt dans des eaux particulièrement nuancées, très harmonieuses, même si parfois balisées, très impressionnistes, chaloupées sans pourtant manquer d'énergie, comme si l'idée tendait à proposer une vraie alternative aux musiques en force. Il faut dire qu'elles occupent tant le paysage, ces dites musiques, depuis les années 2000, métal en tête... Souvent on a droit à beaucoup de démonstration, mais peu de style, personnalité. Ce n’est pas le cas ici, on l’aura compris. Pour hasarder quelques influences, on citera un Forgas Band Phenomena (en plus solaire), de par les sonorités mais aussi de par ce même souci d'élaboration, entre composition pure et improvisation. Masal ferait tout aussi bien l'affaire, par intermittence. Soft Machine ensuite, pour quelques lignes de basse et rythmiques entêtantes, sans pourtant cette prédilection pour les claviers en soli. Enfin Zappa, très sûrement, pour le travail remarquable des instruments à vent et les harmonies sublimes de transition en pointillés, entre rio soft et canterbury.

Second Split n'est pas dans une recherche d'innovation à tous crins, loin s'en faut, mais capitalise bel et bien les qualités de son premier disque, s'attachant avec beaucoup de réussite à déployer ses paysages. Un jazz soyeux et mélodique de tout premier ordre, aux mille détails, qui feront le plaisir certain de nombreuses écoutes.

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