coup de coeur
15 Août 2016

Airbag

Disconnected

par Thierry de Haro

La théorie du verre à moitié vide ou celle du verre à moitié plein ? Angles de vue différents sur un même objet livré en pâture aux mélomanes nourris au sein du Pink Floyd des seventies : le nouvel album d’Airbag vient de paraître en ce début d’été, à l’heure où le grand maître Gilmour déroule en Europe une tournée qui s’avère déjà triomphale !
Les adeptes du verre à moitié vide y trouveront sans doute de trop grandes similitudes avec les trois albums précédents – mais surtout une copie sans grande originalité du Floyd d’antan. Les partisans du verre à moitié plein se réjouiront de ce souffle nouveau descendu de Norvège, perpétuant l’œuvre d’un groupe mythique, toutes générations confondues. Et verront dans chacune des nouvelles compositions une source supplémentaire de plaisirs auditifs que les géniteurs ont cessé d’alimenter bien en amont de la disparition de leur talentueux claviériste, le regretté Rick Wright.

Quelle que soit son opinion sur la démarche, on ne peut que constater que Disconnected, puisque tel est son nom, est un album aussi musicalement jubilatoire qu’il peut être sombre et désenchanté dans ses paroles. Ainsi, durant les six plages, les situations les plus désespérées vont être abordées – de l’homme qui s’est construit une carrière, et est prêt à tout pour rester au sommet (« Killer ») à celui qui est au fond du trou depuis que sa compagne est partie (« Slave ») … et ce ne sont là que deux exemples choisis parmi tous les titres ! Il est donc préférable de ne pas comprendre l’anglais si l’on veut écouter cet album alors que les sirènes de la dépression vous encouragent à venir les rejoindre. Paradoxalement, lorsque la guitare de Björn Riis vient glisser sur nos tympans d’adolescents ré-émergents, elle réveille en nous un subconscient abreuvé d’émotions apaisées sur fond de musique planante. L’homme est coutumier du fait, son talent ayant été reconnu en maintes occasions - récemment lors de la sortie de son indispensable album solo, Lullabies In A Car Crash.

Pour en revenir à « Broken » - mais cette fois-ci, musicalement - il est quasiment impossible de ne pas penser que l’élève a rejoint le maître, tant par son intro acoustique, façon « Pigs On The Wings », que par ses développements électriques où la Stratocaster de Gilmour semble apparaître à travers les doigts de Björn, suscitant ce désir de flotter au-dessus de la musique. Sensation identique dès que l’on se plonge dans l’excellent « Slave » – un bijou de guitare venant se substituer aux parties vocales lancinantes d’Asle Tostrup, à la manière d’un Roger Waters nous faisant dériver peu à peu vers ses rivages compulsifs. « Disconnected » le titre éponyme est sans doute le plus riche de l’album, en dépit - ou grâce - à une proximité évidente avec certains plans d’ Animals. Note après note, il imprègne l’auditeur de cette aura psychédélique et éthérée si chère à Pink Floyd..
Cependant, à force d’évoquer l’infinie ressemblance avec le groupe culte des seventies, on en viendrait à oublier « Returned », chef d’œuvre mélodique indiscutable – mais un peu dérangeant tant la ressemblance – limite plagiat – est évidente avec le « Feel So Low » de Porcupine Tree. Dans la même approche du verre à moitié vide ou plein, alors que les uns crieront au loup, les autres préfèreront se régaler de l’agneau qui renaît à travers ces nouvelles créations. Tout le paradoxe de cet album …

Disconnected pourrait être une suite à Animals, revue une quarantaine d’années plus tard. Il n’en a probablement pas la diversité musicale et sûrement pas l’inventivité dont avaient preuve ses illustres aïeux, mais il en garde l’esprit. Malgré l’efficacité de ses compositions et le plaisir d’écoute qui en résulte, les plans d’un titre à l’autre sont souvent similaires – ce qui confère à l’ensemble une linéarité inévitable. Il fera néanmoins partie des incontournables de l’année pour la branche des auditeurs nostalgiques la plus avide de nouveaux exploits musicaux inspirés … par qui vous savez !

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