coup de coeur
12 Août 2016

Big Hogg

Big Hogg

par CHFAB

Voici un groupe que personne n'a remarqué, dont le premier et unique album à ce jour est sorti en 2015, celui-ci n'ayant figuré dans aucun des moindres top ten de l'année. Et pourtant !... Big Hogg, septuor installé à Glasgow, a bel et bien offert un premier album de tout premier ordre, inscrit très brillamment dans l'inspiration des éternelles seventies. Comment a-t-on pu passer à côté ? Il semblerait que rien ne résiste à ce collectif, épaulé de plus par une poignée d'intervenants, appuyant la section des vents déjà présente, et incluant des parties clavier. Big Hogg, oeuvre éponyme donc, a décidé d'explorer tout un panel de styles propres à intéresser tous les amoureux du travail vintage. Canterbury (le morceau d'ouverture est un classique instantané en plus d'une excellente mise en jambe), soft jazz, blues rock, psyché pop, ballades country, pop vocale, poésie rock. Point de canons symphoniques prog cependant. Mais ça n'a aucune espèce d'importance, tant la diversité musicale produit ici de relief. D'aucuns pourront qualifier cette musique de nostalgique, sans doute à tort, car la qualité et le renouvellement sont bien au rendez-vous. Voici une musique bel et bien vivante, et assez peu mélancolique au final.

La section cuivre et flûte sont l'atout récurrent tout au long du disque, apportant dynamisme et chaleur. Un régal de nuance, de finesse, d'harmonies. Tous les morceaux sont chantés, par trois des membres, avec trois identités vocales bien marquées ; la beauté simple et très canterbury de la chanteuse-flûtiste (on songe aussi à un ou deux moments aux Mammas and the Pappas), la gouaille rocailleuse et déclamatoire du second, sur les mêmes terrains que Captain Beafheart, et le style blues rock du troisième. Tous trois sont excellents dans leur registre, justes et suffisamment modestes pour convaincre. La guitare n'est pas en reste, enfonçant le clou vintage, aussi à l'aise dans le registre rock que folk ou classique, ajoutant encore de la réussite à ce cocktail déjà bourré de charme. Certaines de ses intros ou accompagnements sont vraiment magnifiques. Les claviers sont splendides, Hammond ou Fender Rhodes, bien que faisant figure d'accompagnement la plupart du temps. Leurs sonorités et effets sont le résultat d'un travail d'orfèvre. Basse et batterie enrobent le tout dans une couleur souvent jazz pop, très enjôleuse. Chaque pièce de cet album est un bijou, de swing, de groove, ou de douceur bucolique. Ce disque fait du bien, tout bonnement, et semble filer à toute allure, malgré ses dix morceaux au compteur. Une sorte d'évidence va s'installer à chaque écoute, contagieuse assurément. En faire le détail serait un brin fastidieux et ne rendrait sans doute pas justice à cette perle. Le son est aux petits oignons, clair, chaleureux, immersif. Pour avancer quelques références on évoquera l'école de Canterbury, pour les claviers et le jazz, Beafheart pour la voix et le groove, Zappa pour l'orchestration des vents mais sans la complexité, les Beatles pour les structures chanson et les harmonies vocales, et puis la folk et le psychédélisme, dans ce qu'ils savent proposer de plus beau (« For R.W. » qui clôt ce disque est une merveille de délicatesse planante).

Bien au dessus du lot des groupes revival sixties-seventies, ces écossais ont d'emblée posé une pierre dans un jardin absolument séduisant, semblant déjà compter parmi les nouvelles figures du genre, comme Amoeba Split (espagnol), Homunculus Res (italien), ou The Winstons, pour ne citer qu'eux. Leur musique, bien que plus dépouillée, affirme la même volonté de prolonger la créativité d'une certaine esthétique, bien au delà du temps et des modes. Pari absolument réussi.

Vivement la suite.

Commentaires 

#1 _Ancestor_ 12-08-2016 14:44
Très chouette chronique, qui fait rudement envie ! Et la citation de THE WINSTONS ne fiat qu'enfoncer le clou :)
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