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10 Août 2016

Macroscream

Macroscream

par Jean-Philippe Haas

L'oreille, cet organe disgracieux ! Il fallait oser en coller une paire sur la pochette d'un disque ! « Tout a pourtant commencé par là », diront certains en évoquant le pavillon cyclopéen qui se dévoile à l'intérieur de In The Court of The Crimson King, œuvre fondatrice s'il en est. « Que serait la musique sans l'oreille ? », diront d'autres, plus prosaïquement. Certes, mais enfin, on a rarement depuis utilisé l'esgourde comme argument de vente. Factor Burzaco ? Mullmuzzler ? Et après ? Non, clairement, ils n'ont peur de rien, ces artistes qui ont choisi d'illustrer aussi singulièrement leurs disques. Pour les Italiens de Macroscream, ce sont deux oreilles symétriques, bleues sur fond rouge... telles deux ailes… S'envoler grâce à la musique, quelque chose dans ce goût-là ? Gardons les interprétations hasardeuses pour plus tard et intéressons-nous au contenu de cet album plutôt qu'à son visuel rococo.

Après un Sisyphus autoproduit en 2012, c'est Fading Records, émanation classic prog de AltRock, qui prend la relève pour sortir ce second enregistrement éponyme. Luca Marconi a entre-temps rejoint le quintette d'origine, et ce recrutement hisse le groupe dans la catégorie supérieure. En effet, Marconi est un vrai chanteur, qui s'exprime en anglais quasiment sans accent et dont le chant expressif plein de vibrato, très emprunté ou très soul – à la Herman Saming, s'il faut absolument trouver une comparaison - colle parfaitement aux multiples facettes de six titres bariolés. C'est donc d'un prog plein de couleurs et d'influences dont il s'agit ici, à la bonne humeur communicative, avec un pied ou deux dans les années soixante-dix. Voire jusqu'aux genoux par moments, la faute aux sons vintage des claviers de Davide Cirone, notamment. Sautillant ou d'un lyrisme typiquement italien, plus art rock, jazz ou même folk que prog' parfois, Macroscream passe du coq à l'âne, de Spock's Beard à Jethro Tull. Ces changements incessants dégagent beaucoup de chaleur, en partie grâce à la basse ronflante d'Alessandro Patierno et à de grosses louchées de funk disséminées un peu partout, particulièrement sur « The Flying Giampy », « Goliath » et « Unquiet ». Et comme si six membres ne suffisaient pas déjà, le groupe a convié une liste d'invités longue comme le bras qui maintiennent debout cet édifice par la fluidité des différents mouvements, l'adresse avec laquelle la flûte s'insère ici, et là la trompette, pendant que le violon et les saxophones passent dire bonjour comme si de rien n'était.

Macroscream évite pour ainsi dire toutes les embûches qui se dressent habituellement sur le chemin d'une formation aux ambitions progressives : longueurs inutiles, citations trop évidentes, paroles indigentes, chant caricatural, production faiblarde… Non seulement ce second album a tout pour plaire (sauf sa pochette, n'insistons pas) mais on s'imagine sans peine quel plaisir cela pourrait être de voir sur scène des titres aussi colorés. La France regorge de festivals de prog, alors faites votre choix, signori !

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