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06 Août 2016

Circa

Valley Of The Windmill

par Jean-Philippe Haas

Le respirateur artificiel a encore de beaux jours devant lui. Alors que Yes est inutilement maintenu sous perfusion en l'absence de ses plus dignes représentants, Jon Anderson rêve d'une gloire passée en engageant Roine Stolt pour nous la rejouer « vieille école », avec la bénédiction de Prog Magazine, qui l'a élu Prog God 2016. Et voilà que Circa s'y remet aussi. Certes, il ne s'agit pas là d'ancêtres à proprement parler : hormis Tony Kaye, le reste de la bande dont Billy Sherwood est quand même de la génération suivante. La fraîcheur de la jeunesse a toutefois déserté le quatuor depuis un moment, d'autant qu'il s'obstine à suivre scrupuleusement les traces artistiques de ses inspirateurs. Mais ne tenons pas de discours anti-vieux et contentons-nous de diagnostiquer le malade.

Dans l'ensemble, Circa est un ton au-dessus de ce qu'a produit Sherwood ces dernières années, avant qu'il ne devienne le nouveau bassiste de Yes : ses albums solo (Divided By One en 2014, Citizen en 2015) ou son rôle d'entremetteur et de compositeur sur les calamiteux albums de The Prog Collective et The Fusion Syndicate (dont l'indigence se dissimule derrière un paravent de musiciens prestigieux) n'ont à juste titre pas fait grand bruit. Mais ça ne suffit pas à faire de Valley Of The Windmill un bon disque. On a pourtant envie d'y croire, en écoutant « Silent Resolve », de louer les efforts réalisés pour éviter de trop flagrantes ressemblances avec le « vrai » Yes (non, pas celui de 2016… celui de The Ladder ?). Il y a de la pêche, quelques bons passages, mais au bout des quinze minutes, il faut se rendre à l'évidence : les rares instants de frissons ne pèsent pas lourd face aux plans prévisibles, aux solos plats, voire de la désagréable impression que les différentes sections ont été collées ensemble pour former un seul et même morceau. La suite n'est qu'une grande dégringolade : le titre éponyme, mou, répétitif, trop soyeux, est clairement le plus faible du lot et les rares bonnes idées instrumentales qu'on peut trouver sur « Empire Over » et le grassouillet « Our Place Under The Sun » sont encore une fois largement éclipsées par des platitudes aux claviers, au chant (Sherwood se situe entre Peter Gabriel et Gem Godfrey, ce qui n'arrange rien au sentiment de « déjà entendu »), à la basse (Rick Tierney se la joue un peu trop Chris Squire à certains moments) et… dans tous les compartiments, à vrai dire, et tout le temps.

Sans même parler de la pertinence de composer ce genre de musique en 2016, on voit bien que le groupe est à côté de la plaque. On comprend naturellement ce désir de continuer à faire ce qui lui plaît, et qui plaît sans doute encore à ceux qui en ont été baignés. Mais tant qu'à jouer du prog' à l'ancienne, ni Yes et ses déclinaisons ni Circa ne tiennent plus la route face à leurs jeunes successeurs qui font souvent beaucoup mieux que leurs modèles. Il suffit par exemple de jeter une oreille au tout récent Shamblemaths pour s'en convaincre en quelques minutes et faire ce douloureux constat : Valley Of The Windmill recueille la mention « Passable. Et ne peut pas mieux faire ».

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