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01 Août 2016

Karmakanic

Dot

par Florent Canepa

Sans jeu de mot aucun ou presque, faisons le point sur le Dot de Karmakanic. Projet du bassiste Jonas Reingold, transfuge de Flower Kings, Kaipa ou encore Opus Atlantica, le groupe suédois - vous l’aviez deviné - évolue dans des contours rétro-prog chers aux géants dont il est l’émanation. Étant donné l’emploi du temps chargé de son instigateur, il aura fallu quatre ans pour mettre un coup de pinceau final au successeur de In A Perfect World.

La question qui brûle les lèvres est de savoir si le satellite possède autant d’aura et d’inventivité que les monstres sacrés du genre. En préambule, il faut admettre qu’il est parfois difficile de se plonger au cœur d’une œuvre fleuve. Ici, cinq pièces constituent le cheminement avec, en exergue, un morceau-titre en deux parties qui frôle les trente minutes. Premier coup de chapeau : le propos clair et pur n’est pas dénaturé par (trop) de figures ampoulées qui auraient risqué de perdre l’auditeur. Certes, un passage free-jazz par-ci, une overdose de fretless par-là peuvent chatouiller le néophyte mais le propos est suffisamment tenu pour ne pas indisposer.

Quelques originalités viennent assaisonner l’ensemble, rendant l’œuvre au choix plus ou moins lisse (le chœur d’enfants sur la première partie, des accents bluesy sur «  Steer for the stars »). Autre réussite notable pour le genre : l’utilisation tout en élégance des claviers car chaque son, nappe et martèlement de piano est utilisé à bon escient, soit en renfort des guitares, soit en prolongement de la phrase mélodique. Les opulences parfois trop grandiloquentes de Rudess ou Bodin sont donc reléguées aux oubliettes de l’histoire. A noter, l’apparition d’Andy Tillison, tête pensante de The Tangent, au gré d’un orgue Hammond (saurez-vous le retrouver ?).

Il faudra plusieurs écoutes pour se familiariser avec l’énoncé et apprendre à dompter les carrefours de cette libation. Les entêtants thèmes phares qui font le principal attrait de groupes comme Spock’s beard et plus encore Frost* manquent à l’appel. Sauf peut-être par petites touches sur « Higher ground » (qui rappelle U2) et sur «  Steer for the stars » (qui rappelle Neal Morse). Un joli vent de nostalgie souffle ici, un brin de désuétude comme un livre animé aux images sages... Il manque sans doute un peu de folie passagère, celle qui a fait du Genesis des premiers temps le génie que l’on vénère encore de nos jours. Trois points de suspension.

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