coup de coeur
27 Juillet 2016

Ping Machine

Easy Listening

par Aleksandr Lézy

Coup double pour Ping Machine qui a sorti à la même date, fin avril de cette année 2016, deux albums bien remplis : le premier Easy Listening à l’esthétique jazz moderne voluptueux et de fort caractère et le second Ubik commande d’Etat foisonnante d’influences et de virtuosité. Du même père Frédéric Maurin, fondateur, compositeur et guitariste du groupe, ces deux nouveaux bébés bien différents l’un de l’autre ont de quoi émouvoir, surprendre et faire voyager.

Easy Listening arrive cinq années après le deuxième album studio Des trucs pareils (2011) et un live en 2013, ENCORE. Il en aura donc fallu du temps pour enfanter les trois nouveaux morceaux ici présents plus un de ce disque enregistré en concert. Le nom de l’album ne reflète en rien le contenu du disque, même s’il y a une certaine légèreté dans l’aspect de l’écoute qui contrebalance complètement la difficulté d’exécution aussi bien rythmique que mélodique de la musique.
« Kodama » par exemple fait chavirer pendant dix minutes avec son thème récurrent répétitif tonal au vibraphone tandis que l’orchestre se bagarre avec la modalité par touches impressionnistes. Opposition puis réunion des participants pour un final brillant. A noter l’explosif et marathonien solo du saxophoniste Julien Soro, épique.
« Février » quant à lui semble faire cohabiter deux genres pour le même instrument. Les pianos d’Olivier Messiaen et de Gil Evans, à la fois hyper modal, étrange et mystique, et intentionnellement jazz dans l’orchestration. Une pièce longue de presque dix-huit minutes, très représentative de l’esprit Ping Machine des débuts. Maurin continue à défier les styles y incorporant des touches de musique spectrale à deux moments précis, tout en manipulant l’oreille de l’auditeur pour l’absorber dans un univers de songes.
« Pong », pour finir, fait apparaître la guitare électrique de manière électronique. Beaucoup de jeux de décalage sur un motif, d’apparitions des douze tons de la gamme tempérée sur la première partie du morceau et s’ensuit une seconde partie où les jeux d’harmoniques viennent s’immiscer dans un développement jazz moderne flamboyant extrêmement bien construit et virevoltant ! La musique spectrale collabore à cette frénésie enchanteresse.

Dans ce labyrinthe de créativité et d’originalité dont la sortie n’a pas envie d’être trouvée car l’on s’y sent bien, Ping Machine se voit attribuer haut la main la palme du défenseur du jazz et de la musique contemporaine. Réunis en une entité, cette fusion fonctionne à merveille pour donner un album véritablement sublime.

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