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25 Juillet 2016

Large Unit

Ana

par Aleksandr Lézy

Quel plaisir de retrouver caché derrière le nom Large Unit, le fantastique batteur norvégien Paal Nilssen-Love ! Une sommité au nombre incalculable de collaborations avec les plus grands de la musique improvisée ; on citera pêle-mêle et à la volée Peter Brötzmann, Otomo Yoshihide, Jim O’Rourke ou encore Mats Gustafsson … Rappelons-nous aussi son grand Scorch Trio. Ana est le second album de l’ensemble scandinave après le tonitruant Erta Ale sorti en fin d’année 2014. Qu’en est-il de cette fournée ?

Enregistré à Oslo, dans la foulée d’une tournée pour garder toute la dynamique et les sensations de jeu, Ana est le fruit d’une expérience. Paal Nilssen-Love, tombé fou amoureux du Brésil où il se rend régulièrement, donne à sa musique le rythme et la chaleur de ce pays riche en couleurs, grâce à des sonorités typiques. Pourtant, le résultat s’en trouve atypique.
Trois longs morceaux garnissent Ana, pour un total d’une heure. Une nouvelle version de « Riofun », pièce maîtresse de la tournée en 2015 écrase de sa superbe la première piste « Ana », brouillonne, maladroite et chaotique, et la troisième « Circle in the Round » pourtant de qualité avec des incursions jazz mesurées et attirantes. Ce sont vingt-cinq minutes de tâtonnements éclairs menant à des résultats puissants, chantants et virevoltants. Plus longue, quelque peu différente évidemment et plus maîtrisée, « Riofun » récolte les félicitations à elle seule.
Avec Large Unit, Paal Nilssen-Love cultive une nouvelle approche de l’improvisation lui qui a jusqu’à maintenant plus ou moins toujours privilégié les petites formations aux grosses. En dépassant la dizaine de musiciens, l’artiste de quarante-six ans ne fait plus de lui l’élément central d’une musique austère, difficile d’accès bien souvent. Il participe à l’énergie d’un collectif d’ailleurs secondé par un autre batteur.

Ana n’est pas un disque facile, la musique improvisée ne l’étant pas par définition. Il mêle à la fois les faux pas et les réussites, en malmenant des musiciens surexpérimentés parfois en difficulté, mais c’est le jeu au final. L’énergie est palpable, la production éclatante, les émotions jaillissent avec parcimonie, point trop n’en faut.

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