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20 Juillet 2016

Utopianisti

The Third Frontier

par Jean-Philippe Haas

Il faut croire que Markus Pajakkala aime orner d'animaux les pochettes de ses albums. Utopianisti II mettait en scène dans un décor champêtre et coloré trois joyeux musiciens : un renard, un lapin et un hibou. Sur le visuel de The Third Frontier, c'est un mammouth et son petit, marchant dans la nuit (neptunienne, si on en croit le titre d'ouverture), l'air hagard, le tout en nuances de gris. Le ton aurait-il changé depuis la dernière œuvre du prodige finlandais ?

Non, et heureusement. Certes, on ne va pas se le cacher, Pajakkala a levé le pied sur les exubérances et s'est nettement moins dispersé. S'est-il ainsi réfréné parce qu'il dispose maintenant d'un vrai groupe de scène et d'un label ? Rien n'est moins sûr lorsqu'on visionne la vidéo du making of de l'enregistrement, car tout ce beau monde a quand même l'air de bien se marrer dans cette maison paumée de la cambrousse finlandaise. Toujours est-il que les aspects folks ont quasiment disparu et que la bande s'est recentrée sur un jazz fusion doté d'un groove appréciable et de touches de funk, sans perdre pour autant son sens de l'humour. En cela, on est dans l'esprit d'un Camembert, par exemple, ou de feu-le-type-à-la-moustache qu'on cite à tour de bras (mais c'est normal, il a tout fait) version « première moitié des seventies ». La soprano Suvi Väyrynen assure la plus grande partie des voix comme sur le précédent album, pourvoyeuse providentielle de brillantes enluminures dans cet univers essentiellement instrumental, vintage et cuivré.

Si les débordements sont contenus au profit de l'unité, de la cohérence d'ensemble, comme sur « The Last reflection » (ou « le big band joue le générique de fin »), il reste quelques bonnes pelletées de folie, à l'instar des pachydermes de « Voodoo Mammoths from Neptune », qui se retrouvent soudainement dans on ne sait quelle tourmente ou du rythme endiablé de « 13 Demons in the Disco Dimension », sans oublier le très funky « A Hundred Rabbits » - lorsqu'une cantatrice et une guitare électrique survoltée se greffent sur la bande originale de Shaft. En somme, il n'y a aucune chance de piquer du nez ou d'être tenté de zapper une seule seconde d'un album à la durée idéale (une petite quarantaine de minutes), expurgé de tout remplissage et de tout solo interminable. Un travail de groupe, on vous dit ! Les photos live du livret donnent d'ailleurs envie de demander : « Quand passez-vous par chez nous, monsieur Pajakkala ? »

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