:)
06 Juillet 2016

Gojira

Magma

par Alexandre Gombaud-Saintonge
dans

Gojira, formation originaire de Bayonne, est devenu en l’espace de vingt ans l’un des groupes français les plus flamboyants de metal, au point d’être le seul à ce jour à avoir tourné aux US en étant tête d’affiche. Sa musique, issue de la mouvance death, ne se limite pas à cette description puisque le groupe s’est fait aussi connaître pour des albums concepts à la fois spirituels et progressifs. Aujourd’hui, Gojira dévoile son 6ème album, Magma , dans un contexte particulier, celui de la méfiance d’une partie de leur public après un Enfant Sauvage mi-figue mi-raisin et, surtout, du deuil porté par les frères Duplantier (Leur mère est décédée en 2015 durant l’écriture et la production de l’album).

Dès la première écoute, Magma surprend. Le morceau d’ouverture, «  The Shooting Star  », inattendu par ses guitares aériennes, son riff entêtant et son chant clair, est une incantation atmosphérique, ce qui est plutôt inhabituel. Vient ensuite une pièce plus consensuelle, «  Silvera  », qui ne manquera pas de ravir les fans de l’époque From Mars to Sirius . Ce morceau, taillé pour la scène, est puissant, efficace et chargé de paroles évocatrices – « When you change yourself, you change the world ». Gojira s’apprêterait-il à conquérir le monde ?

Oui et non. D’une part, cet album « couillu » divisera plus qu’il ne rassemblera les fans. En effet, celui-ci est essentiellement constitué de pièces excédant rarement les 5 minutes et rompant, pour la majorité, avec le style « extrême » d’origine. C’est bien sûr paradoxal étant donné l’attente d’innovation exigée par son public. Ici, l’œuvre incorpore des influences diverses et inédites. Les plus attentifs reconnaîtront Tool dans la chanson éponyme, Cynic dans «  Stranded  » ainsi que des groupes plus récents comme Mastodon dans la démarche artistique de l’œuvre. A contrario, l’influence de Meshuggah a totalement disparu.

D’autre part, Gojira, en s’ouvrant à de nouveaux horizons, enrichit non seulement sa discographie mais la rend également plus accessible à un public a priori hermétique au death metal. Magma , par son efficacité et sa simplicité, n’est pas sans rappeler le Black Album de Metallica, une œuvre sortie en 1991 qui contribuera à démocratiser le heavy metal et qui se vendra à près de 30 millions d’exemplaires. Cet album a le potentiel de populariser l’un des styles de metal les plus difficiles d’accès.

Magma est loin d’être une hérésie et nous saluons l’audace du groupe. Celui-ci marque indubitablement le début d’une nouvelle ère dans leur discographie avec, en prime, l’élargissement d’une fan base déjà bien constituée. Nous resterons attentifs à la trajectoire que suivra Gojira dans ses prochaines œuvres : une liberté de composition salutaire, à l’instar du Genesis post-Peter Gabriel, ou au contraire une simplification outrancière qui achèvera de lasser l’essentiel de son public y compris ce qui reste de ses die-hard fans ?

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir