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30 Juin 2016

Kayo Dot

Plastic House on Base of Sky

par Raphaël Dugué

Depuis sa création en 2003, le groupe américain Kayo Dot est toujours allé de l’avant à chaque album : du metal expérimental des débuts aux musiques contemporaines, la formation emmenée par Toby Driver n’a cessé de surprendre ses auditeurs à chaque nouvelle sortie. Cependant, à l’écoute du premier extrait de Plastic House on Base of Sky, la surprise est venue d’une apparente absence de surprise. Car, avec ses synthés tout droit sortis des années quatre-vingts et une ambiance brumeuse, Kayo Dot semblait s’inscrire dans la droite lignée de son précédent album, Coffins on Io (2014). Une écoute plus attentive du disque dans son ensemble révèle cependant quelques changements.

La première chose frappante, en effet, est la poursuite de la direction entamée en 2014, mais au lieu d’appliquer encore une fois la même recette, Toby Driver a décidé de pousser la logique jusqu’à ses limites. Les synthétiseurs prennent quasiment tout l’espace, la batterie analogique a laissé place aux percussions électroniques et le tout est rassemblé dans une production relativement froide. L’autre nouveauté de ce disque est l’accent mis sur la partie rythmique symbolisée notamment par le choix de Driver d’accorder à la basse et la batterie deux pistes chacune dans le mix. Le goût de Kayo Dot pour la déconstruction prend alors tout son essor par la présence de percussions très indépendantes, et une musique structurée par les synthétiseurs avant tout. Les guitares et leur effet d’écho très prononcé, se retrouvent plus en retrait. Le disque, dans son ensemble, est plus délicat à appréhender que son prédécesseur car il y règne un dense chaos dans lequel les mélodies sont noyées et déstructurées parfois à l’extrême. Avec sa production cyclopéenne, Plastic House on Base of Sky dévoile toutes ses subtilités au fil des écoutes. C’est un disque ésotérique qui se laisse apprécier seulement si ses auditeurs décident de s’y perdre et d’accepter de se laisser emporter par ses rituels.

L’apparente similarité entre Plastic House on Base of Sky et Coffins on Io est en réalité un trompe l’œil destiné à conduire ses auditeurs dans un ailleurs labyrinthique. Comme un double maléfique, thème cher à la tradition littéraire fantastique, cet album est l’exact opposé de son prédécesseur pourtant né du même carcan. Plastic House on Base of Sky est donc un disque radical qui s’inscrit parfaitement dans l’œuvre impressionnante de Kayo Dot.

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