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15 Juin 2016

Fates Warning

Theories of Flight

par Florent Canepa

Culte ou précurseur, immédiatement ringardisé par l’histoire imminente, Fates Warning a ce statut un peu particulier du groupe qui était là avant l’heure. L’heure, c’est celle du glorieux métal progressif, en plein envol dans les années quatre-vingt-dix. Sauf que, de nos jours, à l’écoute d’un album de Fates Warning estampillé vieille école, on est finalement plus proche de Helloween que de Dream Theater. Chacun jugera à l’aune de son canevas stylistique bien entendu mais aussi de sa propre concomitance avec ladite période. Pourtant, malgré la poussière, il y a quelque chose de délicieusement dépassé dans ce groupe, comme une fusion entre le thrash-speed d’Armored Saint, la NWOBHM et une veine mélodique qui allait devenir tout un courant.

Reformé et réformé en 2013 avec Darkness in a Different Light, Fates Warning n’est plus vintage. Son intonation actuelle est enrichie en mediums qui font l’équilibre souvent fade mais moderne des productions prog-métal US du nouveau millénaire. Le son est très bon donc et, ironie de l’histoire, il scrute aujourd’hui plus du côté de Symphony X que de Voivod. On ne reprochera donc pas l’écueil rétrograde même si Theories of flight est finalement bien un album de genre car certains groupes similaires préfèrent enrichir leurs sonorités pour éviter tout monolithisme – avec bien entendu plus ou moins de brio.

Queensryche, autre dinosaure, a tenté à ce titre d’actualiser son approche en saupoudrant un climat grandiloquent d’aridité et d’americana. Fates Warning, presque puriste, se prend les pieds dans le tapis progressif pour être sans doute (trop ?) proche de sa filiation. Ray Adler, chanteur-transfuge de Redemption mais aussi force motrice du groupe depuis No Exit (1988 déjà...), charge ses vocalises d’effets emphatiques techniquement imparables. A l’image de LaBrie, il flirte avec le neo metal comme une concession à la modernité (« White Flag »). Mais son discours poussif est loin de l’imaginaire fantastique des origines (« Seven Stars », son refrain racoleur voire... médiocre). Jim Matheos reluit mais ses entailles de guitare peuvent paraître chétives à l’époque de robustes Andromeda. On préfère globalement son travail rythmique sur OSI, mélangé à l’électronique immersive de Kevin Moore.

Restent quelques bonnes équations et instants virtuoses (« SOS » ou le dernier titre instrumental, subtil même si anodin). Dans les bons moments, on pense aux cousins de Pennsylvanie Shadow Gallery (« The light and shades of things »). La surprise vient en réalité du titre le plus long, les dix minutes de « The Ghosts of Home » très réussies, variées et démonstratives dans le noble sens du terme. Mais on cherche trop souvent ce petit plus qui nous ferait dire que l’ensemble a quelque chose de singulier que les autres n’ont pas. La fin d’album offre cette ferveur en forme de frustration. S’il n’y avait pas le nom, s’il n’y avait pas l’historique, pas certain que les critiques seraient aussi dithyrambiques donc on préfère ici rétablir l’équilibre. Les aficionados nous en tiendront certainement rigueur mais il apparaît plus opportun de se concentrer sur les come-back réellement excitants, non ?

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