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19 Mai 2016

Aymeric Leroy

L'école de Canterbury

par Jean-Philippe Haas

Le genre Canterbury, enfant plus ou moins légitime du rock progressif et du jazz, n'a jamais eu autant le vent en poupe que depuis sa brève splendeur passée, au début des années soixante dix. En 2015, la série documentaire Romantic Warriors lui consacrait son troisième épisode. Aymeric Leroy nous y éclairait déjà sur cette subdivision confidentielle de l'avant-garde musicale de l'époque. Son spécialiste incontesté publie aujourd'hui un ouvrage qu'il avait dans ses cartons depuis belle lurette, pavé de plus de sept cents pages nommé L'école de Canterbury.

L'auteur le reconnaît lui-même : l'appellation de ce genre musical n'est pas forcément judicieuse et ses créateurs se comptent presque sur les doigts de deux mains. Que peut-on donc en lire tout au long de ces nombreuses pages ? Le récit des origines, pour commencer, avec les tâtonnements de la première moitié des années soixante, fortement influencés par le free-jazz, puis la naissance des Wilde Flowers et de Soft Machine, Caravan, Gong, Egg, The Keith Tippett Group et quelques autres, jusqu'au déclin du début des années quatre-vingt... Le gros de l'ouvrage couvre une période de quinze ans, de 1966 à 1981, que Leroy ponctue de dates-clés qui correspondent notamment à des concerts ou des passages en studio, comme autant de bornes plantées dans une chronologie extrêmement détaillée. Il brosse ainsi le portrait des grandes figures du genre (parfois à leur corps défendant tel Robert Wyatt), décrit les interactions importantes entre la douzaine de groupes qui en fit le socle, et en analyse les albums fondateurs. Au fil des pages, des photos illustrent régulièrement les péripéties qui ont animé ce bouillonnement artistique méconnu et mésestimé. Avec la minutie et la passion qu'on lui connaît (on peut par exemple citer ses livres sur Pink Floyd et King Crimson), l'auteur fait le tour de son sujet sans toutefois vraiment évoquer, contrairement au documentaire cité plus haut, les groupes actuels qui se réclament plus ou moins ouvertement de la mouvance, comme si le coup d'arrêt des « terribles » eighties en avait sonné le glas.

Unique en son genre, L'école de Canterbury devient donc de facto la référence absolue sur la question. Précis et très bien sourcé, agrémenté de plusieurs index – groupes, albums, musiciens – et d'un arbre généalogique, il se lit pour ainsi dire comme un essai historique à la thématique pointue, à l'image de ces thèses aux sujets a priori rebutants, adressées à une poignée de lecteurs, mais passionnantes pour un peu qu'on se donne la peine de s'y plonger. Un ouvrage indispensable à tout amateur qui se respecte de la musique d'avant-garde des années soixante-dix.

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