coup de coeur
17 Mai 2016

Knifeworld

Bottled Out Of Eden

par CHFAB

Il devient urgent, si ce n'est déjà fait, de se pencher sérieusement sur le parcours de Kavus Torabi, tant son univers musical s'infiltre partout où il passe, entre Cardiacs, Gong (dont il est l'actuel guitariste, remplaçant au chant le très regretté Daevid Allen pour la fin de la dernière tournée du groupe), mais aussi le très formidable Guapo, enfin son projet personnel Knifeworld ici présent, en plus de quelques apparitions ici ou là chez Karda Estra, Chrome Hoof et Bob Drake, pour ne citer que les plus connus... Un p'tit Wikipedia vous fera réaliser à quel point la liste est nettement plus longue ! Cet homme a un talent fou ; guitariste exceptionnel, compositeur, parolier, chanteur, bref, rien n'arrête ce natif d'Iran émigré en Angleterre depuis sa plus petite enfance. Il sait comme peu d'artistes mélanger ombre et lumière, avec une énergie et une inventivité de chaque instant, ouvrant larges les portes de l'avant garde joyeuse aux plus réticents d'entre nous.

Bottled Out Of Eden est le troisième album de sa joyeuse bande, succédant à deux déjà grandes réussites. Le rock de Knifeworld a quelque chose d'Arcade Fire (l'impression collégiale), de King Crimson ou Henry Cow (dissonances, accords savants, penchants math rock), entrecoupés de psyché pop un peu déviante façon Syd Barret, et d'une mélancolie art rock à la Robert Wyatt. Le résultat s'avère très contagieux et souvent cathartique. Un rock à guitares, assurément (peu de claviers jusqu'ici), dont les sonorités et motifs vous attrapent par le col sans plus vous lâcher. Un rock à basson également, nous rappelant comment musique de chambre et pulsation binaire (mais pas que !) peuvent produire de grandes choses. Des hymnes fédérateurs alternés de folie ou de poésies contemplatives... C'est un peu tout ça Knifeworld...

Avec Bottled Out Of Eden, l'univers musical offre une certaine continuité, avec cependant quelques petits détails agrémentant le tout, histoire de confirmer l'envie d'évoluer de l'artiste, déjà induite dans son travail multiforme... Le glockenspiel apparaît donc dès le morceau d'ouverture, et à plusieurs reprises, agrémentant la palette habituelle, doublée d'une présence plus prépondérante des instruments à vent (basson, deux saxophones alto et un baryton), ils survolent magnifiquement tout l'album, en véritable contrepoint des guitares déjà splendides, électriques comme folk, et plus prégnantes cette fois... On observe aussi dans cet opus un versant plus pop, plus clair, plus accessible en somme (le premier morceau ne laisse planer aucun doute là dessus), a contrario de l'album précédent. Le travail rythmique est toujours aussi expressif et changeant, soutenu par cette basse au son tellurique. Le chant simple et direct de Kavus Torabi est toujours partagé avec Melanie Woods. C'est indéniablement un des points forts du groupe, ils oeuvrent tous deux soit à l'unisson, soit séparément, et avec un bonheur tout aussi égal. Enfin, on notera plus de claviers (Emmet Elvin, piano superbe, orgues, synthétiseurs) au sein de cette bouteille lancée depuis l'Eden...

Un mot enfin pour la grande variété des titres, entre hymnes jouissifs, ballades folk, contrepieds diaboliques, puissance de feu, entrelacs hypnotisants et planeries superbes, dont le format court ne restreint jamais ni l'ambition ni la richesse des ambiances. C'est bien simple, cette bouteille semble sans fond ! Bref, voici un disque formidable, d'une liberté totale, caléidoscopique, attachant, profondément . Une oeuvre d'une cohérence, d'une sincérité et d'une modestie rares...

Désormais indispensable.

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