coup de coeur
08 Mai 2016

The Algorithm

Brute Force

par Florent Canepa

Allumés de la disquette, mordus de la carte mère et autres amateurs de bits et de beats, videz votre corbeille pour faire place nette au nouveau fichier source de l’explosif The Algorithm. En seulement deux albums, le Français Rémi Gallego a déjà gravé les octets d’une histoire électronique qui a dépassé les frontières de son propre pays. Espèce de Tron contemporain (en mode fiévreux, oubliez Daft Punk…), croisement d’électronique amphétaminée et de métal avec du core et du corps, vintage mais futuriste, le Perpignanais a créé ce qu’il nomme lui-même la heavy computer music. MAO des temps modernes, dernier recours des innocents.

La première chose qui saute aux oreilles est le retour en force de l’aspect plus métal et organique qu’on avait savouré sur Polymorphic Code et qui avait peut-être parfois manqué à Octopus4, plus foncièrement électronique. Ici le cybernétique s’exprime et s’amplifie par les guitares. Non seulement rythmiques, mais aussi via des soli aériens ou héroïques sur certaines pistes (« Pointers »). On a souvent l’impression à l’écoute de l’album que le parfait point d’équilibre a été atteint. Une chimie dévorante où Gojira joue à la Nintendo.

Tous les sons synthé trouvent bien entendu leur ancrage dans les années quatre-vingt et il se dégage pourtant de la production massive et de l’ensemble une nostalgie où rien n’est ringard. Tout est aussi moins touffu et souvent plus mélodique qu’auparavant, ce qui rend Brute Force finalement très accessible. Un peu comme Carpenter Brut mais pluriel et plus raffiné. Ultime même, comme sur le fan-tas-tique « Userspace » qui enterre Kavinsky en empilant shoegaze et synthwave. John Carpenter doit tout d’un coup être très fier de se savoir l’un des inspirateurs de cette scène.

Plus on écoute l’album, plus on l’aime et plus ses interstices instrumentaux s’immiscent dans le cortex. Nous acceptons ses fréquences avec une ferveur quasi religieuse. The Algorithm construit peu à peu une chapelle faite de DOS et de FAT et prend possession de notre CPU qui s’affole. Skrillex se fantasme en Massive Attack sur le vrillant « Shellcode ». Jan Hammer reprend du service et son clavier en bandoulière sur « Hex ». Rondo Veneziano pratique la trance bouillante sur« Rootkit ». On retrouve Igorrr pour un titre thrash brutal et destructuré à l’intro cocasse (ces deux-là forment décidément une bien belle équipe), on accepte l’auto-reprise de « Trojans » peut-être plus anecdotique et on reboote le tout avec plaisir et empressement.

En informatique, l'attaque par la force brute est la seule à laquelle aucun algorithme ne résiste. Elle consiste à tester toutes les clés possibles, jusqu'à trouver la bonne. Plus besoin de chercher : pour nous, la clé est trouvée et impossible de résister à The Algorithm.

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