coup de coeur
05 Mai 2016

Sahona

Sahona

par Dan Tordjman

Fut un temps où Montpellier cachait en son sein quelques formations progressives pas piquées des hannetons. Le potentiel était là, réel. Mais on est en France, un pays à la masse culturellement parlant, où l'on préfère servir des œufs pourris plutôt que de chercher la poule qui pond ceux en or. Rappel des faits et d'un temps que les progueux de moins de quinze ans ne peuvent pas connaître : fin des années 90', le Sud-Ouest de la France voit émerger des groupes auteurs de démos de qualité. On parle notamment, à Marseille, de Cyril Achard et dans l’Hérault, de Stéphan Forté, de Kalisia (présenté alors comme l'un des plus purs héritiers de Cynic) mais aussi de Venturia mené par son guitariste Charly Sahona. S'en suit alors une signature chez Lion Music qui voit le groupe sortir The New Kingdom puis Hybrid et enfin, Dawn Of A New Era. Comme il faut bien remplir le frigo, les membres de Venturia rejoignent l'aventure Cocktail de Nuit leur permettant de vivre de la musique, mais pas de la leur, certes.

On savait donc Charly Sahona actif sur la région qui est la sienne. Dès lors, l'annonce d'un nouvel album solo eut vite fait de titiller la curiosité de votre serviteur qui, a priori, s'attendait à un album de guitare instrumentale… après le premier effort Naked Thoughts From A Silent Chaos. Un bon album de Prog' Metal par un bon guitariste qui a poussé la tentation jusqu'à prendre le chant. Non pas qu'il soit désagréable, bien loin de là ! Mais les parfaits anglophones que certains d'entre vous sont, pinailleront sur l'accent et à ceux-là, nous répondons : oui, mais franchement, on s'en fiche. Mais là, comment dire ? Votre serviteur s'est retrouvé empêtré dans un sacré moment de solitude à l'écoute de Sahona et cela, pour plusieurs raisons : la première, c'est que Charly Sahona assure une nouvelle fois le chant. Seconde raison qui fait se dire « Oh. My. God », c'est que cette galette s'avale toute seule : pas de tirades de vingt-cinq minutes ou de morceaux à tiroir. Le fil conducteur de cet album c'est le côté « chanson ». Mais attention, pas la chanson lambda, hein. De vrais titres bien arrangés, dont le plus long dépasse légèrement les cinq minutes. Là où les Pensées Dénudées étaient clairement axées Metal, ici, on a affaire à une musique bien plus accessible qui mériterait en toute objectivité d'être diffusée sur les radios spécialisées.

Du coup, encore un « Oh. My. God » ! Oui, et pas des moindres, car les influences, ainsi que l'approche, sont loin d'être celles qu'on fût en droit d'attendre de la part de l'artiste. Si certains attendaient un ersatz de Dream Theater, Symphony X ou autre, qu'ils passent leur chemin. C'est plutôt l'influence de groupes comme Muse ou Extreme qui est à souligner. Qu'entendons-nous ici ? On entend des morceaux bien taillés, où le souci du détail, que ce soit dans la structure ou les arrangements, n'est pas mis de côté. Tout est dans le détail et ça, Charly l'a compris. De plus, il sait sortir, en plus de soli fort goûtus (êtes-vous rassurés, les guitaristes ?), des refrains accrocheurs en pagaille comme ceux de « On This Winter Night », « Little Jack » ou le magnifique « Modern Sleeping Beauty » pour n'en citer que trois. Varier les ambiances ? Ça aussi, il sait faire.

Sans tomber dans le plagiat, Charly Sahona parvient à proposer quelque chose de frais, aux antipodes des clichés sans cesse éculés de l'album typique du guitariste. Pourquoi aux antipodes ? Parce qu'on s'attendait à tout sauf à un album de cet acabit, avec une production équilibrée, un mix juste et encore une fois des morceaux et mélodies qui restent dans la tête. C'est bien fait et ça fait du bien. Alors on dit : « Merci Charly » !

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