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02 Mai 2016

Frost*

Falling Satellites

par Florent Canepa

Beaucoup (y compris à la rédaction de Chromatique) attendaient la période de dégel (sans jeu de mot aucun) de Frost*. Il aura fallu près de huit ans pour découvrir le successeur de l’impressionnant et luxuriant Experiments in Mass Appeal. Pour ceux qui auraient manqué un épisode, Frost* est une variété de super-groupe tendance bête de studio, ayant comme tête pensante le claviériste et chanteur Jem Godfrey et comme bras armés des membres de formations iconiques comme Arena, Pendragon ou IQ. On trouve aussi en son sein le chanteur et guitariste multi-facettes John Mitchell que l’on a pris plaisir à écouter au sein d’It Bites et à retrouver plus récemment dans le projet Lonely Robot. Et même ici en guise d'invité pas si mystère, l’illustre Joe Satriani.

Une bande sympathique de héros instrumentistes qui après s’être séparés, se réunissent pour le plaisir. L’invitation ne se refuse pas mais comme l’attente fut longue, l’auditeur se doit d’être exigeant. Ce que l’on aime, au premier abord, c’est la volonté de ne pas faire une redite ou un bégaiement. Le groupe évolue certes toujours dans un rock progressif dopé aux claviers, légèrement FM, technique et lumineux. Mais on retrouve au milieu des arpèges et habituels sweepings quelques touches électroniques sans doute influencées par la présence du batteur et transfuge wilsonien Craig Blundell, grand amateur de boucles. Un instant, sur le très haché « Towerblock », nous serions presque chez The Algorithm. On se surprend à aimer aussi les virgules dance et trop pop de « Closer to the sun ». Serions-nous chez Calvin Harris ? En fait, non, car le groupe sait opérer un retour fulgurant vers d’autres ambiances. Lorsqu’on attaque « The Raging Against The Dying Of The Light Blues In 7-8 » (ouf), nous retrouvons King’s X - le blues en mode flamboyance, évoluant peu à peu vers plus de psychédélisme synthétique.

La répartition des voix entre Jem et John favorise aussi l’impression de diversité et coupe court à toute platitude. On aimerait sans doute entendre davantage le timbre plus rauque de John, cela dit... A vrai dire, la monotonie est un qualificatif qui ne sied pas au groupe tant les morceaux entre eux et en leur sein sont pluriels. Les durées « courtes » (en terminologie progressive, bien entendu) n’empêchent pas un dialogue composite de s’installer. Complexe mais accrocheur, c’est bien ça le paradoxe réussi de Frost*. Certains pourront objecter qu’il se dégage de l’ensemble un côté un peu poseur. Production lustrée, tous chromes dehors : la succession des titres paraîtra un peu artificielle parfois (la suite en fin d’album et l’outro) et c’est la limite de l’exercice. Les voix féminines et le déroulé berceur de « Lights out » n’emporteront pas non plus l’adhésion.

L’ébahissement attendu n’est donc pas au rendez-vous, mais… mais difficile de ne pas rester cramponné aux envolées de « Heartstrings », par exemple. Maniaque et glorieux, Frost* brandit un étendard progressif et affiche un panache que peu peuvent s’enorgueillir de posséder. Maniant silences et vaillances avec maestria, découpant tous types de tempo au gré de fantaisies point trop poussives, le quatuor possède quelque chose de rare : un phrasé studieux mais aguicheur. Aromatique, gourmand mais sans aucun risque de crise de foie.

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