coup de coeur
27 Avril 2016

Shamblemaths

Shamblemaths

par Jean-Philippe Haas

Une ou deux fois par an, le prospecteur des abysses musicales d'internet voit ses oreilles chanceuses happées par un album aussi démesurément étonnant que son auteur est inconnu. Cette année, le duo norvégien Shamblemaths est bien parti pour décrocher le prix « Aussi Classieux Que Confidentiel » 2016. Pas timoré pour un sou, il a l'audace de nous proposer un album d'une heure divisée en trois plages, chose que peu d'artiste osent encore faire aujourd'hui, y compris dans le prog', par peur de se voir immédiatement qualifiés de « pompeux » ou de « mégalo ». Quand ils ne sont pas tout simplement écartés des platines, sans que leur rondelle ait été seulement tirée de leur emballage...

On serait pourtant bien mal inspiré de tourner le dos aux créations de Simen Å. Ellingsen, hip(pie)(ster) multi-diplômé/ multi-instrumentiste, et de son binôme Eirik M. Husum (basse) sans autre forme de procès. Car ici, pas d'introduction qui traîne en longueur, pas (ou si peu) de plans réchauffés, pas de remplissage pour rallonger le bouzin afin d'aguicher le progueux moyen : « Conglomeration (or :The Grand Pathetic Suite) » est en ébullition permanente et démarre sur les chapeaux de roues par deux minutes trente de Magma à la sauce métal. Les rares accalmies ne durent guère longtemps, bouillonnement et foisonnement reprennent en général de plus belle : classic ou hard prog', passages expérimentaux, impromptus jazzy ou folk, plages instrumentales furieuses se plaçant quelque part entre The Flower Kings, ELP, King Crimson et Dream Theater, sans oublier – parfois aussi – respect plus ou moins scrupuleux du règlement fondé par ces Grands Anciens. Les deux autres titres, « A Failing Ember » et « Stalker » sont taillés dans le même bois.

Si l'attirail prog' – toutes époques confondues – est bien présent, il s'ouvre aussi à d'autres sonorités moins typées, par l'intermédiaire notamment d'une flopée d'invités. Des saxophones en tous genres jettent leurs couleurs sur une toile de fond résolument progressive mais montrant souvent des signes d'insoumission. Il y a certes aussi quelques similitudes entre la voix d'Ellingsen et celle de Roine Stolt, sans qu'on puisse néanmoins parler de mimétisme. Ces marques d'appartenance à une branche à moitié pourrie du rock snob ne font pourtant pas de Shamblemaths l'énième avatar d'un monstre agonisant depuis quelques décennies déjà, mais plutôt un élève rebelle qui, malgré son respect des professeurs, aimerait bien leur botter le cul parfois.

Difficile de dire si cette première œuvre survivra à l'épreuve du temps, mais en tous les cas elle réalise ce que la plupart des albums de classic prog sortis ces dernières années n’ont pas été capables de faire : nous maintenir éveillés et enthousiastes pendant une heure. Puis une autre. Et une autre encore.

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