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22 Avril 2016

Tonbruket

Forevergreens

par Jean-Philippe Haas

« La musica es el idioma que todos hablan... ». C'est sur ces mots prononcés par la chanteuse norvégienne Ane Brun, avec laquelle le groupe a tourné en 2013, que s'ouvre Forevergreens, quatrième album de Tonbruket. Les Suédois continuent d'appliquer cet adage depuis leurs débuts en 2010, ignorant les frontières entre les genres pour se livrer à des créations où le jazz, le rock psychédélique ou encore le trip-hop sont sur un pied d'égalité avec la musique minimaliste et atmosphérique.

Régulièrement récompensé dans son pays, le quartette ne semble guère avoir épuisé le filon puisque chaque disque est une preuve supplémentaire de son extraordinaire inventivité. A nouveau, il joue la carte de la diversité plutôt que de l'expérimentation et cherche avant tout à créer des ambiances, à convoquer des images, des couleurs, des émotions. Et il y parvient de fort belle manière en alignant une dizaine de compositions dont les textures ont été soignées à l'extrême pour produire l'effet recherché. Vaguement inquiétant, la labyrinthique « Mano Sinistra » annonce d'entrée une promenade sans garde-fou, en équilibre le long d'un muret étroit au sommet duquel on profite d'un panorama en mouvement, mais curieusement sécurisant. Les contrastes sont forts, les climats changeants. Ainsi, le très acoustique « Sinkadus », sur lequel Ane Brun lâche quelques mélopées, précède un magma sonore sursaturé qui introduit « Tarentella », d'où s'extirpe lentement une sorte de blues rock psychédélique, telles des versions dégénérées de « Roadhouse Blues » des Doors ou d'« Uprising » de Muse. Tonbruket n'a peur de rien et surtout pas de juxtaposer des moments contemplatifs (« Music For The Sun King ») ou planants (« The Missing »), à d'autres plus rugueux, tel « Linton », qui débute comme un vieux rock'n'roll survolté à la basse ronflante, pour se muer petit à petit en générique idéal de série d'espionnage vintage. On retrouve cette dimension cinématographique dans « Polka Oblivion », dont les motifs d'une douceur nostalgique illustreraient à merveille une collaboration entre Wim Wenders et Emir Kusturica. Il est d'ailleurs quasiment impossible d'échapper au tourbillon audiovisuel que provoquent immanquablement ces dix titres dans nos cervelles et derrière nos globes oculaires.

Sans fausse note aucune, Forevergreens conforte Tonbruket en bonne place dans une écurie ACT déjà bien fournie et dans le club de plus en plus fermé des groupes qui réussissent à innover et à séduire en même temps.

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