coup de coeur
12 Avril 2016

The Enid

Dust

par Florent Canepa

Un peu d’histoire... The Enid, pour ceux qui ne connaissent pas cette entité, trouve ses origines dans l’âge d’or progressif, au milieu des années soixante-dix. Créée à l’époque par un Robert John Godfrey fraîchement débarqué de Barclay James Harvest, la formation a vécu dans l’ombre du titan, nourrissant elle aussi un amour immodéré pour les explorations orchestrales et la symbiose parfaite entre rock et symphonie.

A la tête d’une discographie étourdissante, puissante de près d’une vingtaine d’albums, le groupe et son créateur n’ont connu de faiblesses que dans les années 2000 pour renaître dix ans plus tard, prêt à braver les affres du temps et de la maladie et offrir à l’auditeur ces moments de baroque. Ce qui pourrait passer pour un chant du cygne est en réalité une flamboyance, une curiosité rétro au beau milieu du règne angliciste de la loudness war, du streaming et du crowdfunding. Rescapé d’une histoire qui n’a pas forcément été clémente avec lui, The Enid assume jusque dans le titre de l’album son aspect poussiéreux mais en ressort une pépite.

Là où Queen joue principalement du second degré, The Enid porte son classicisme ardent sous les traits d’envolées crâneuses assumées. Les chœurs font des révérences appuyées à la reine (l’enveloppant « Monsters »), mais la retenue vocale de Joe Payne vise l’émotion pure et tire sur la comédie musicale (« When the world is full »). Que ceux qui ont peur du lyrisme prennent garde car, ici, point de honte à utiliser tous les artifices philharmoniques possibles jusque dans la reproduction de séquences romantiques chères à Debussy.

Bien sûr, tout comme leurs cousins de Renaissance, on pourra souligner quelques naïvetés dans la création, une légère candeur inhérente au genre. Mais les fantaisies sont au rendez-vous (« Trophy ») et l’exercice n’est jamais pédant. La brièveté de l’ensemble, épousant le format vinyle, laisseront certains sur leur faim. Mais ne dit-on pas qu’il vaut mieux ne pas être trop rassasié pour cultiver l’appétit ?

D’abord rôdé sur scène, dernier acte d’une trilogie aujourd’hui couché sur bande, Dust possède ce charme désuet où planent les âmes fortes d’Alan Parsons, Oliver Wallace ou John Williams. Il entame ici une phrase gaélique, là une mélodie arabisante, sonnant le cuivre à propos, puis accentuant les cordes enchantées. Pour finalement accoucher d’une écriture géniale, toute en rebondissements. En celtique, The Enid signifie « l’esprit » et nul doute qu’il est toujours bien présent ici. On lit ce ce conte féerique avec délectation et l’envie de s’y replonger au plus vite.

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