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07 Avril 2016

Amphetamin

Flood Of Strange Sensations

par CHFAB

2ème album officiel pour ce combo rhémois (Subsitute, EP en 2010, et le LP At The Dawn Of Twilight en 2013) réduit désormais à un projet solo, car seul un certain Sebastian (Sébastien Laurent) y demeure, officiant partout; compositions, textes, chant, guitare, basse, claviers, arrangements, programmations rythmiques, ingénieur du son, mixage, mastering, design et production...! Voilà encore un bel exemple d'artiste autonome et autoproduit.

Quid de ce Flood Of Strange Sensations? Sebastian propose ici un album plutôt classique mais néanmoins agréable, même si loin d'être renversant. Couleurs ultra mélancoliques, atmosphériques, capiteuses, aux références très clairement identifiées, sinon revendiquées. Le chant d'assez bonne tenue, emprunte indubitablement à Mikael Åkerfeldt ou Rhys Marsh (souffle maniéré, aigus caressants), épisodiquement à Dave Gahan, pour les choeurs notamment. La langue de Shakespeare y est prononcée suffisamment correctement pour ne pas attirer l'attention (rappelons qu' Amphetamin est un projet français). Les textes, eux, ne dérogent pas aux codes trop rarement transcendés de ce type de musique. Comment en effet dépasser Byron, Keats, Wordsworth, Coleridge?... Les intéressés répondront en majorité que le chant est un vecteur de seule musicalité plutôt que de sens. Mais ceci est un autre débat, qu'il serait bon d'aborder enfin sérieusement un jour...

Dans l'ensemble les morceaux sont intéressants, les ambiances élaborées, variées et captivantes, alliant post rock, metal mid tempo trouble, fiévreux ou mélodique, entrecoupé de planeries gothiques. Il s'y dégage de l’élégance et les arrangements sont suffisamment travaillés pour que l'attention et le plaisir s'installent. Comme un fait recherché, les compositions se complexifient au fur et à mesure du disque, rejoignant à plusieurs reprises les rangs du progressif, pour de belles ruptures de ton. Un soin extrême porté aux sonorités, en particulier pour les guitares, participe fortement à l'intérêt du CD. Quand au mixage il est exemplaire, tutoyant un professionnalisme de classe internationale.

Alors évidemment on pourra reprocher un certain sentiment de longueur parfois à l'album. Onze pièces pour une heure c'est un peu trop, et il aurait certainement grandement gagné en force avec trois morceaux de moins, disons ceux qui semblent faire un peu doublon, ou preuve de faiblesse tout simplement. Enfin un certain manque d'originalité et d'audace pourront être mis en avant, et nul doute que cette musique ravirait davantage en tirant vers des rivages un peu plus surprenants. L'usage des claviers, à chaque fois judicieux, y est par trop parcimonieux par exemple.

A conseiller certainement aux amateurs du genre, ou à quelques néophytes bienveillants, délaissant peut-être certains mélomanes plus aventureux et exigeants. Sans doute Amphetamin n'en demande-t-il pas tant, saluons tout de même donc cet effort plus qu'honorable, ne serait-ce que pour encourager son auteur à évoluer plus avant.

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