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24 Mars 2016

Oceans of Slumber

Winter

par Florent Canepa

La capitale de l’art au Texas est Austin. Certaines des racines de la pop musique américaine résident toujours à Dallas. Mais Houston, au sud de la carte, est finalement plutôt la capitale de la NASA et des voyages dans l’espace. C’est de cette base qu’a pourtant décollé la navette Oceans of Slumber, grâce a un EP qui a tapé dans l’œil des cadres bienfaiteurs de Century Media. Épique, metal, Winter démarre comme un album de The Gathering. Il y a du doom de Mandylion et des païens de Candlemass qui coule dans les veines du groupe. Riffs lourds puis accélérations de tempo speed et black cisèlent un paysage où la découpe n’apporte souvent rien mais s’auto-galvanise (« Devout »). Pas assez sombre pour être initiatique, trop stakhanoviste pour être sincère, Oceans of Slumber, c’est un peu la démonstration sans l’occulte. Les pages noires sans l’encre au sang.


Que faut-il y retenir ? La voix claire de la chanteuse Cammie Gilbert – parfois très Anneke, parfois un peu Skin – apporte fraîcheur et relief à l’ensemble car son bel organe est teinté de blues, de spleen, voire de gaélique (« Lullaby » ou « Turpentine » comme Andrea Corr). Le contre-poids avec les voix agressives vomies par le guitariste Sean Gary prend alors une forme de sens et permet de conjuguer trouble et volupté. Mais soudain très pop (« Suffer the last bridge », pensé comme un single), le groupe s’enlise dans un manque de parti pris artistique. La variété y est synonyme d’éparpillement. Les interludes musicaux donnent une impression de remplissage. L’agressivité ne paye même plus en bout de course (« Apologue », barbant et verbeux). La mélopée piano finale a des relents de mais-pourquoi-ça. On sauve de justesse l’élan progressif au tempo lent « ...This Road », de peur de repartir bredouille.


Au milieu des (finalement pas si) réjouissances réside tout un symbole avec cette reprise de Moody Blues, le fantastiquement plaintif « Nights in White Satin », qui souffre ici d’un lifting binaire si ce n’est un post-pont aux rythmiques blackisssimes. Il ne reste alors plus beaucoup d’armes au groupe pour défendre son discours. Dans une galaxie musicale ou l’audace paie, Oceans of Slumber, presque ironiquement, peine à tirer l’auditeur du sommeil. Nous emmenant donc pour paraphraser les plus inspirants Tiamat vers ... A deeper kind of slumber.

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