coup de coeur
08 Mars 2016

3RDegree

The Ones & Zeros : Volume 1

par Thierry de Haro

3RDegree est un groupe américain originaire du New-Jersey, relativement méconnu du public français – il suffit pour s’en convaincre de questionner les personnes … non pas dans la rue (où l’évocation même du nom de Marillion déclenche un festival de mines dubitatives), mais dans la communauté progressive, via les concerts ou les réseaux sociaux. Il existe pourtant plusieurs raisons qui auraient dû contredire cette constatation étonnante :

D’abord, 3RDegree a commis son premier enregistrement, The World In Which We Live en 1993, certains de nos lecteurs et chroniqueurs n’étant ni nés, ni même en projet de conception – mais ayant eu depuis le temps nécessaire pour les découvrir. Certes, les 5 unités discographiques publiées en 23 ans, combinées à une distribution réduite à la portion congrue pour la France, n’ont pas contribué à l’essor du groupe en nos contrées.

Malgré une nouvelle chance donnée en nos colonnes et sous la plume de notre ami Dan, à l’occasion de la sortie, en 2008, de leur 3ème album, Narrow-Caster, l’aura du groupe est restée pour le moins confidentielle. Cependant, l’année 2015 est à marquer d’une pierre blanche pour le groupe, puisqu’au-delà d’un passage de l’autoproduction à un label lui ouvrant les portes d’une reconnaissance élargie, le dernier album, Ones & Zeros : Volume 1, capte un auditoire avide de renouveau progressif, tout en évoquant quelques réminiscences musicales … sans doute le secret d’un cocktail particulièrement goûteux et excitant !

Il faut dire que cet album évoque des influences multiples, d’un art-rock naviguant entre Utopia et Ten CC sur « The Gravity » aux envolées pop-californiennes d’Ambrosia que n’aurait pas renié Christopher Cross sur « Circuit Court », en passant par le plus progressif « What It Means To Be Human » qu’Echolyn aurait pu écrire pour commencer, relayé à mi-chemin par un Queen émergeant de sa période opéra-rock. Tous les titres s’enchaînent, dans des styles différents, et paradoxalement avec une compacité étonnante dont le liant est assuré par une voix robotique – véritable fil conducteur de ce concept album.

Le questionnement sur l’éthique de notre civilisation future, où la technologie la plus avancée serait au service d’une éternité virtuelle, alimente les dix plages de Ones & Zeros : Volume 1. Et dès le départ, aucune ambiguïté sur le choix du titre (‘Je ne suis rien d’autre que des ‘uns et des zéros’ et je suis déjà préparé pour être un connard de post-humain’) … La traversée musicale est amorcée et nous conduit au remarquable « This is The Future », pop-rock sautillant aux relents eighties, avant de nous enivrer dans les méandres acoustiques de « Life », ballade raffinée et magnifiée par la superposition de parties vocales. Technique que l’on retrouvera sur un titre évoquant également la vie … mais à quel prix ? (« Life At Any Cost »). La mélodie de départ s’efface au bout de quelques minutes pour laisser place à un break ravageur qui n’est pas sans rappeler certains passages du Spock’s Beard période Octane. Le propos, quant à lui, donne à réfléchir, mais son intensité dramatique atteindra son paroxysme sur « We Regret To Inform You ». Surgit alors un sentiment de douleur exacerbé par Valhalla Biotech, superpuissance régissant les humains devenus machines, qui, de sa voix métallique impose comme une évidence les pires nouvelles : ‘We Regret To Inform You …‘that Your father has been fragmented’ … pour finir par un funeste ‘that your Father has been DELETED’. Le contexte est à la soumission, malgré quelques soubresauts en milieu de morceau, dans le plus pur style Saga, appelant au réveil des consciences.

Nous tenons là un album somptueux, construit sur un patchwork de références aussi diverses que variées, tout en étant traversé d’un bout à l’autre par la force créatrice de ses six musiciens. Il met en lumière cette réinvention permanente des frontières du rock dit ‘progressif’, ce que malheureusement peu de groupes arrivent à faire aujourd’hui. Et comme un miracle n’arrive jamais seul, cette fois-ci, il ne faudra pas attendre la suite pendant de nombreuses années, puisque le volume 2 est annoncé pour 2016. Que du bonheur !

Commentaires 

#1 Robert 08-03-2016 15:55
Thanks very much Thierry for your review. We're very happy you enjoyed the album! :lol:
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