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19 Février 2016

The Tea Club

Grappling

par CHFAB

On espère que nombreux étaient ceux qui découvrirent en 2012 l'album précédent de ce quintette américain, le fabuleux (de mon point de vue)Quickly Quickly Quickly, véritable joyaux, étincelant d'émotion, de liberté créative, de modernisme et d'excellence technique. Rarement, et depuis longtemps, avait-on eu sous la main un tel équilibre entre aventure, singularité et beauté, et l'on se disait qu'avec ce troisième effort, The Tea Club (premier disque en 2008) nous avait offert là l'une des plus innovantes et des plus belles oeuvres de ces quinze dernières années, le temps l'ayant largement confirmé. On s'était même dit que ces p'tits gars avaient réussi à faire avancer les choses, vers un progressif enfin moderne, paré de facettes tout aussi intégrées et digérées, qu'actuelles : art rock, post rock, une goutte d'avant garde, et un goût constant pour la surprise et l'évolution harmonique, tout en maintenant une fluidité proprement exceptionnelle, explorant ainsi un peu plus les terres d'un Echolyn ou d'un Mars Volta par exemple ; puissance, lyrisme, émotion sans complaisance, sensibilité, et le tout avec un niveau de jeu égalant au moins ses illustres modèles. On se souvient encore de la voix magnifique et si expressive de Patrick McGowan, à l'instar de celle du chanteur de Syndone (imaginez le niveau), Seven Impale et autres talents d'aujourd'hui... La chair de poule est encore présente, au cas où vous n'étiez pas déjà dans la confidence !

Alors évidemment, l'arrivée de ce quatrième album était attendue au moins autant que redoutée. En effet, confirmer ou dépasser un tel petit chef d'oeuvre relèverait presque du suicide ! Il est quasi impossible de ne pas décevoir, dans ces conditions ; bien souvent, on dit tout, on donne tout en un seul disque, et tenter de reproduire le miracle peut être une erreur terrible, voir fatale. Pour se rassurer on se dira (à raison) que la discographie de The Tea Club avait fait montre jusqu’ici d'une constante progression... L'ascension allait-elle se poursuivre ?

D'entrée de jeu, on démarre à plein régime, et l'on se dit que le groupe n'a perdu ni son enthousiasme ni son énergie. On peut même ajouter que les arrangements y sont résolument plus complexes, plus denses, confirmant que les Américains ne se sont pas reposés sur leurs lauriers, bien au contraire, et c'est peut-être aussi ce qui leur sera reproché, paradoxalement. Il faudra aller au delà d’un certain sentiment de confusion pour retrouver l'évident équilibre entre complexité et harmonie des grands (très grands) jours, et passer outre les incessantes notes sous-jacentes, empilées les unes sur les autres, tandis que le chant tente de mener les débats. C'est le cas tout particulièrement du moins pour les deux premières pièces de cet opus, où les claviers se font littéralement hémorragiques, voilant, presque parasitant un peu, au final, les structures harmoniques du trio basse-guitare-voix... Le disque nécessitera sans doute un bon nombre d'écoutes pour défricher le bon grain de l'ivraie... C'est son seul véritable point faible. Pourquoi n'avoir pas débuté sur « Dr. Abraham », peut-être le meilleur morceau de l'album, une splendeur (ouf !), un éclatement de plaisir, renouant de nouveau avec grande ambition ET lisibilité, mais n'apparaissant qu'en troisième position ? Rassurez-vous, la suite s'avère tout aussi convaincante, développant à nouveau ces rouleaux mirifiques de fièvre et de beauté. On l'a dit, les compositions et harmonies s'étant encore davantage densifiées sur ce disque, le chant et les choeurs s’en révèlent indispensables de bout en bout, un défi qui fait figure d'exploit ici et de personnalité, tant la plupart du temps la place excessive du chant masque un manque d'originalité ou d’habileté instrumentale... Là où, dans l'album précédent, la voix accompagnait les circonvolutions musicales, ici, elle semble les porter presque à elle seule, à de nombreuses reprises. C'est aussi sans compter sur le talent impressionnant des autres musiciens (le chanteur tient aussi guitares et claviers), dont la section rythmique est ahurissante, et le guitariste lead excellentissime. Les échanges instrumentaux sont bel et bien de la partie. Mais tout ça, on savait... On pourra reprocher peut-être aussi un manque d'accalmie dans ce maelstrom tourbillonnant, ce qui accentue un peu l'idée de confusion évoquée au départ... Du moins reconnaîtra-t-on une couleur plus automnale, plus inquiète qu'à l'accoutumée. C'est aussi, du coup, ce qui donne du relief, en regard de son aîné. Donc moins, mais plus, au finish

Grapplingn'est pas un disque à la beauté totalement immédiate, toutes proportions gardées bien sûr, a contrario de son prédécesseur, qui, d'emblée, vous assénait un énorme effet coup de foudre. Mais les mystères de l'amour ont bien des détours, preuve en est encore avec celui-ci, qui certes se fait un peu désirer au départ, mais tiendra toutes ces promesses sur la durée, démontrant avec bonheur que cette musique n’a pas encore tout dit. Il est grand temps que le talent de ce Club De Thé éclate enfin au grand jour, alors à vos bourses, et à votre bouche à oreille !...

Inutile de dire que si par chance le groupe passait près de chez vous, vous seriez complètement fous de ne pas aller l’écouter.

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