coup de coeur
15 Février 2016

Yuka and Chronoship

The 3rd Planetary Chronicles

par Thierry de Haro

Un diamant à l’état brut.
Il y a des évidences que l’on ne peut nier. Comme par exemple, celle de dire que The 3rd Planetary Chronicles, le nouvel album de Yuka & Chronoship, est sans aucun doute le plus abouti de leur discographie, jusqu’alors de grande qualité. Et l’un des tout meilleurs – si ce n’est le numéro un – de cette année 2015.
On ne peut que constater que Yuka Funakoshi, âme fondatrice du groupe, a placé la barre très haut. Déjà, lors de l’album précédent, l’excellent Rocket Dino Oxygen, le groupe avait atteint des sommets, notamment sur « Oxygen », le dernier mouvement d’une trilogie sans faille (pour les détails, suivez le guide). Sans parler du premier, Water Reincarnation, qui dès 2011, avait attiré une oreille plus qu’intéressée de la part des auditeurs en attente d’un renouveau musical au pays du soleil levant.

Mais Yuka et son groupe de ‘vieux briscards de studio’ se sont accrochés aux étoiles pour nous livrer une œuvre conceptuelle intense, gravitant autour de l’histoire de l’humanité, de sa création à son futur, en passant par des évènements et personnages aussi variés qu’hétéroclites : l’âge de pierre, Galilée, l’âge de la vapeur, les frères Wright ou … les débuts de la radio. Le tout rythmé par la récurrence d’un thème décliné par approches différentes, symbolisant les phases de la naissance de la terre – collision, fusion ou magma. La première ébauche de cette genèse apparaît sous la forme de quelques notes de piano caressées par le vent, fluides et aériennes, nous entraînant par de petits clapotis musicaux vers l’euphorie tribale et sautillante de chœurs chantant à l’unisson sur des nappes de synthés aussi virevoltantes qu’envoûtantes : ceux qui les ont connus penseront inévitablement à l’excellent groupe québécois Sloche (J’un Œil). Ca ‘fleure’ bon les seventies, et ‘tout ça ne nous rajeunit pas ma bonne dame’ … mais c’est aussi un peu normal, nous sommes en plein âge de pierre (« Stone Age ») !

S’ensuit une évocation de Galilée, déclamée en deux parties : tout d’abord une pièce où le piano rappelle étrangement les ambiances mystérieuses et sombres d’un Ryuichi Sakamoto sur la bande originale de Furyo (avec une petite pensée pour l’immense David Bowie). Et une seconde séquence avec entrée en matière plus tonique pour Yuka Funakoshi, seule au piano pour commencer, puis tout en accords avec Takashi Miyazawa à la guitare. Shun Tagushi à la basse, puis Ikko Tanaka à la batterie, se mêlent progressivement à la danse et donnent à l’ensemble un ton très aérien, qui se poursuit en apothéose sur des vocalises toujours aussi pures. Nous atteignons alors une certaine forme de grandiloquence musicale, magnifiée par des mélodies impeccables et jubilatoires.
Les fans de canterbury trouveront leur compte également, dès l’âge de vapeur entamé (« Age Of Steam »), où se font entendre les sons d’un duo ‘guitare acoustique-flûte’, rejoint par la voix et le piano de Yuka, avant de laisser la place, dans une deuxième partie (« Machine City »), à des tonalités plus ‘jazz-rock’. Sur « Wright Flyer », hommage rendu aux frères Wright, pionniers dans l’histoire de l’aviation (les membres de Yuka & Chronoship sont d’ailleurs revêtus de combinaisons de pilotes sur la pochette de l’album), l’introduction à la Steve Hackett nous renvoie aux glorieux maîtres de la six cordes … les accords suivants font d’ailleurs écho aux soli de David Gilmour et rappellent la période Pink Floyd sans Waters, à l’aube des années quatre-vingt dix. Avant de s’enfoncer dans un puissant tourbillon où voix éthérées alternent avec lignes de synthés toujours à propos et jamais rébarbatives (ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas avec les productions japonaises). Au détour de quelques notes de piano cristallines (« On The Radio »), la suite de ce voyage planétaire nous conduit dans l’immensité d’univers musicaux intemporels, car évoquant avec réussite les longues envolées d’ELP (« E = C#m ») ou Rick Wakeman et Yes (« I am Thee (Awakening of Cloneroïd) »).

Rock progressif décliné du ‘classicisme seventies’ au neo-prog le plus novateur, jazz-rock rythmé par les longues envolées de claviers ou de guitare, alternance de vocalises et de sons dépouillés de tout artifice, les musiciens de Yuka & Chronoship nous offrent avec The 3rd Planetary Chronicles une œuvre majeure et incontournable que tout amateur de rock progressif – mais bien plus encore – se devrait de posséder dans sa discothèque idéale.

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