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09 Février 2016

Dream Theater

The Astonishing

par Florent Canepa et Aleksandr Lézy

Le nouveau cru Dream Theater est généreux. Bouffi, gras et crémeux diraient certains. Album double, opératique, cinématographique... Chromatique se devait d’être à la hauteur de la tâche qui lui incombe, c’est pourquoi votre webzine favori vous propose pour l’occasion une chronique partagée et conceptuelle. Une chronique progressive, en somme…

Ouverture
Si nous étions mauvaises langues (belle prétérition...), nous pourrions dire que les hérauts de la scène progressive ont mis en marche une opération séduction comme pour nous dire « chers amis, souvenez-vous de Scenes From A Memory : et bien nous allons faire encore mieux ». Encore mieux donc, c’est plus. Plus de titres. Plus de grandiloquence. On n’est pas Your Majesty pour rien. Dream Theater est un groupe ambitieux, l’a toujours été et voit très loin, jusque dans l’histoire qu’il met en scène. Ne nous attardons pas sur le scénario futuriste mettant en avant un protagoniste dont le don pour la musique va permettre d’affronter un système qui la proscrit, dystopie empruntée aux grandes sagas du cinéma américain. Arrêtons-nous plutôt sur l’ensemble de ces deux disques pleins à craquer.

Acte I – Un peu de tout, un peu de rien ?
The Astonishing (en toute modestie) est effectivement une galette stupéfiante. Elle a le don de jeter un regard appuyé sur le passé et ce jusqu’à Images and Words sorti en 1992. Comme un petit précieux, un étonnant bréviaire Dream Theater où différentes époques s’enchevêtrent. Cela va rassurer certains : oui, si vous êtes allergiques au groupe depuis quelques disques (chacun aura sa césure psychologique), vous pourrez, bienheureux, vous replonger dans l’histoire en marche du groupe culte. Ils le clament haut et fort, la musique est un cadeau : joie d’offrir, plaisir de recevoir. Le premier disque, disproportionné en tout par rapport au deuxième, apparaît comme une grande machine à balades. Barbra Streisand à la rencontre de Barclay James Harvest ? Les mélodies sirupeuses, belles néanmoins, prennent le pas sur les gros riffs. Au sein de ce dédale sucré s’impose pourtant une envie de créer des thèmes forts. Le métal grossier avait divisé les fans du groupe à partir de Train of Thoughts et on voit donc resurgir ici une sorte de clarté, un équilibre dans les déchaînements de notes. Le deuxième disque arrive après déjà une heure et vingt minutes d’écoute et aurait pu - sorti de son contexte - être un album à part entière car auto-suffisant. La musique y prend une autre dimension avec des moments d’intensité, des prouesses techniques, de glorieux soli de guitare et, au final, une volonté de sortir des sentiers battus.

Acte II – Tout le monde est là ?
John Petrucci, producteur de son propre groupe, a le courage de tenter des choses, épaulé par une sacrée équipe. De belles nouvelles en perspective sur les performances de chacun. A tout seigneur, tout honneur, commençons par le dernier arrivé, « l’autre » Mike, qui prend pleinement sa place, enrichit son jeu mais ne démontre pas vraiment d’originalité, comme guidé par des demandes auxquelles il ne faudrait pas déroger. Mangini frappe, Mangini cogne avec peu de légèreté, du haut de sa caisse claire scintillante. La basse de John Myung est à son image, discrète mais efficace, soulignant chaque aspect rythmique mais aussi mélodique de la musique du groupe. Pour ceux qui peuvent être méfiant envers James LaBrie, c’est une invitation à se refaire une idée. Alternant chant et séquences narratives comme sur certains albums qui ont jalonné l’histoire du groupe ou ses collaborations (Ayreon entre autres), il réussit à emporter l’adhésion sur une trame somme toute assez banale, dans l’histoire s’entend. Il incarne plusieurs personnages, change de registre mais exprime aussi des émotions comme il savait le faire autrefois. Aidé par un brin de technologie, le Canadien s’enfile du texte avec générosité. En ce qui concerne les deux compositeurs principaux, ils ont conclu le pacte d’en faire moins pour gagner plus. John Petrucci arrête de tricoter à tout va et se veut efficace, poussant son jeu dans des univers différents. Il repense le grand tout avec plus d’élégance. Il range parfois sa sept cordes au profit d’une guitare folk et se met en retrait lorsque les claviers de Jordan Rudess font leur apparition. Cela en dit beaucoup sur l’humilité géniale du bonhomme. En redonnant ses lettres au piano, en arrêtant les délires bastringues et en simplifiant son jeu, Jordan Rudess, lui, sort des défauts de la démesure et habille les trente-quatre pistes de The Astonishing !

Acte III - 02:09:23
Avec plus de deux heures de musique au compteur, difficile de résumer, de condenser ou de faire du titre à titre. Il y a beaucoup de balades (trop ?), peu d’agressivité comparé à ce que devenait la tendance. Comme un clin d’œil à Rush de temps à autre (2112 et son futur anticipé). Plus de deux heures, c’est un peu Star Wars ou Le Seigneur des Anneaux en disque. Une analogie pas si saugrenue finalement car l’aspect space opera est bien présent, ne serait-ce que par le fil rouge et les virgules ou zigouigouis électroniques. Ici, il ne s’agit pas de l’Empire Galactique et des Rebelles mais du "Great Northern Empire of the Americas" et de la "Ravenskill Rebel Militia". D’accord, c’est la même chose. Dramatique, dramaturgique, lyrique mais pas poussif. Le titre le plus long totalise sept minutes et quarante secondes au compteur et aucun empilement abscons ne menace l’ensemble. Orchestral aussi avec l’appui du chef d'orchestre David Campbell et quelques violons dans l’ensemble. Concerto en DT majeur.

Epilogue – The Astonishing n’est pas The Wall mais...
The Astonishing est un supplément d’armes mais pas un supplément d’âme. Démontrant que Dream Theater est vivant et même vivace, il redonne espoir. Mais il n’est pas un carrefour discographique comme le chef d’œuvre des Floyd. Il n’est pas assez varié pour créer la surprise. Il se contente, et c’est déjà pas mal, d’imposer le respect, et beaucoup diront que l’on revient de loin. L’intégralité, prochainement en concert, près de chez vous, et peut-être un film, allez savoir. Rien ne les arrête, alors continuons à les suivre ?

Commentaires 

#1 jc 09-02-2016 10:20
Perso, cet album me réconcilie avec DT, que j'avais totalement laissé tomber depuis quelques albums tant ce qu'ils proposaient était écrit en pilotage automatique et bourré de choses inutiles.
L'album est niais, l'histoire est naze, les paroles idem, les ficelles sont énormes...mais...ça passe totalement bien, et plus que bien ! Un peu comme un film de Disney finalement.
DT s'est aussi attelé à réduire les portions inutiles : une chanson comme The Answer, à l'instar d'un "God isnt't dead" sur 3 Sides (Aleks, la comparaison devrait te parler :-) , est un modèle de chanson de 2 minutes, avec une vraie ambiance, une vraie mélodie, une vraie progression, bref elle dit énormément en 2 minutes, pas besoin de plus.
Sinon totalement d'accord avec vous sur Rudess, il est de retour comme dit l'autre.
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