coup de coeur
07 Février 2016

Raoul Björkenheim eCsTaSy

Out of the Blue

par Aleksandr Lézy

Né à Los Angeles en 1956 de parents finlandais, Raoul Björkenheim a déjà une belle carrière de guitariste derrière lui. Pour les amateurs de jazz d’avant-garde, l’on se souvient avec nostalgie de son premier véritable groupe Krakatau, formé dans les années quatre-vingt en Finlande, et de son album Alive (1990). Après la séparation, le presque quadragénaire démarre sa carrière solo avec quelques collaborations puis rapidement fonde le fameux Scorch Trio avec deux formidables musiciens norvégiens plus jeunes que lui, Paal Nilsen-Love et Ingebrigt Håker Flaten. Cinq ans que le trio n’a rien sorti mais ne désespérons pas, son projet tout neuf avec eCsTaSy permet de ne pas l’oublier.

Out of the Blue est le deuxième album avec cette formation, signé chez Cuneiform Records. Depuis eCsTaSy sorti en 2014. Björkenheim est encore une fois accompagné des trois mêmes Finlandais dont l’exceptionnel Pauli Lyytinen, incroyable de musicalité sur ce disque, au saxophone basse, ténor et soprano (pas en même temps) !! Le groupe n’est pas là pour faire du jazz à papa mais bien pour dépoter. Dans les grandes lignes, Raoul Björkenheim, c’est un peu la fusion entre Jimi Hendrix et John Coltrane, un jazz grinçant débridé, intelligent, avec des secousses fréquentes, et une guitare électrique qui vient casser les codes, du genre et de l’instrument, avec un jeu et un son incroyables.

Soutenu par trois tueurs du jazz improvisé, le fringuant sexagénaire n’a plus qu’à laisser cours à son imagination et son talent. Cependant, il ne faudrait pas réduire Out of the Blue à un simple disque d’improvisation et de free jazz, ni à un disque de guitare. Beaucoup de sons s’entremêlent, d’échanges entre les instruments, d’oppositions entre l’acoustique des uns et l’électrique de l’autre, des tentatives réussies de fusion entre de la world « africaine » et du free tournoyant. L’équilibrage des pistes est juste parfait. L’alternance entre ce qui semble écrit et ce qui l’est moins, apparaît judicieuse et reposante. Les ambiances comme sur le magnifique et génial « A Fly in the House of Love » ou le sombre « OLJ » sont juste palpitantes et hyper réussies. Le reste vaut le détour sans tergiverser comme le long et alambiqué « Zebra Dreams » par exemple.

Encore meilleur que le premier album, Out of the Blue résonne comme un véritable coup de cœur. Ce disque traite les instruments avec bienveillance et énergie et démontre l’expérience de Raoul Björkenheim au sein d’un véritable ensemble. Voilà un album très accessible et honnête avec son temps, malgré son style, qui laisse présager du meilleur pour les albums à venir.

Distribué par Orkhêstra.

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