coup de coeur
28 Janvier 2016

David Bowie

Blackstar

par Raphaël Dugué

Un choc. C’est ce que le monde a ressenti à l’annonce de la mort de David Bowie au matin du 11 janvier 2016. Son vingt-cinquième album, Blackstar, était sorti depuis seulement trois jours et donnait l’impression d’un Bowie plus vivant que jamais. Il est vite apparu que cette oeuvre était une forme d’adieu et donc un objet absolument unique dans la musique contemporaine.

Comme tous les grands artistes, Bowie a toujours su s’entourer de musiciens de talent (cette liste non exhaustive suffit à convaincre : Brian Eno, Robert Fripp, Lou Reed, Pat Metheny, Iggy Pop…) et c’est après avoir écouté le groupe de Donny McCalsin à New York, qu’il a pensé à une collaboration.

Le caractère hybride fascinant, qui a toujours marqué la discographie du Britannique est présent dès les premières minutes du morceau éponyme. Avec ses expérimentations jazz et ses sons électroniques, « Blackstar » est un vaisseau qui navigue dans une inquiétante familiarité. Même si la voix de Bowie est toujours là et les références au passé nombreuses, il flotte dans ce disque une atmosphère novatrice portée par le groupe du saxophoniste Donny McCalsin. À la fois sensuel, désespéré et furieux, il illumine l’album de sa présence. À l’aise dans les passages lyriques (sur le déchirant « Lazarus » par exemple) ou dans les moments plus expérimentaux (« Sue(Or in the Season of Crime) »), la versatilité de McCalsin emporte Blackstar vers les sommets. L’autre apport essentiel est celui du batteur Mark Guiliana (dont le projet Mehliana avec Brad Mehldau avait tapé dans l’oeil de la rédaction en 2014). Sa rythmique entêtante et déroutante sur « Blackstar » provoque ce sentiment étrange d’instabilité, son jeu finement complexe est maître dans le chaos de « Sue (Or in the Season of Crime) ». L’inspiration de la scène électronique de Guiliana (Aphex Twin en particulier) sied particulièrement bien aux compositions. Mais Bowie n’a pas voulu ce disque inaccessible, sa science de la mélodie est toujours au coeur de la musique comme le montrent « Dollar Days » et « I can’t Give Everything Away ». Blackstar est un voyage émotionnel vers l’acceptation, du climat sépulcral du morceau-titre au lumineux « I Can’t Give Everything Away »

Sachant sa fin arriver, il lui aurait été facile de créer un album en forme de résumé discographique; il a choisi, au contraire, de se renouveler une fois de plus avec un panache incroyable. Peu d’artistes ayant émergé au crépuscule des années soixante ont réussi à garder une telle pertinence. À la lumière de la disparition de David Bowie, Blackstar apparaît donc à l’image de son oeuvre : un plaidoyer éclatant en faveur de l’innovation, de la recherche créative, du renouvellement, au-delà de soi et au-delà même de la mort.

Commentaires 

#1 _Ancestor_ 28-01-2016 16:09
Très belle chronique ! Un bon album, qui prouve encore, s'il le fallait, le talent énorme du grand BOWIE... Splendide !
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