coup de coeur
03 Novembre 2015

Nad Sylvan

Courting The Widow

par Thierry de Haro

Si l’évocation du simple nom de Genesis fait remonter à la surface de vos souvenirs musicaux le trio qui alignait les tubes à l’orée des eighties, alors vous n’êtes peut-être pas la cible du nouvel album de Nad Sylvan. Par contre, si l’époque Genesis de Peter Gabriel et Steve Hackett provoque en vous des montées d’adrénaline, tel le surfeur voyant la vague se refermer sur lui, alors laissez-vous submerger par Courting The Widow, le premier recueil progressif de cet étonnant chanteur suédois.

Douze ans ont passé depuis Sylvanite, album précédent clôturant une période calée entre funk et rock FM – un autre monde – douze années au cours desquelles Nad n’a cessé de déclarer sa flamme aux mélodies alambiquées de Genesis, preuves à l’appui ! En 2003, les braises redeviennent incandescentes – Nad ayant toujours eu depuis 1975 une passion pour ce groupe – avec, dans le rôle du soufflet, un concert Selling England By The Pound mémorable, joué au Royal Albert Hall de Londres par The Musical Box. S’ensuit une collaboration avec un autre fan suédois du groupe, Don Bonamici, qui aboutit cinq ans plus tard à la sortie d’un album sous le nom d’Unifaun. Le disque est apprécié dans le microcosme progressif …mais interpelle surtout Roine Stolt, un des « Dieux vivants » du genre, qui cherche une alternative plus acoustique à The Flower Kings, son propre groupe. Nad et Roine décident alors de former Agents Of Mercy, qui, fort de trois sorties discographiques (en fait, très peu acoustiques), rencontre un succès certain. C’est donc en toute logique qu’un beau jour d’avril 2012, Nad reçoit un coup de fil de Steve Hackett , qui souhaite l’associer à trois titres de son nouveau projet Genesis Revisited II. Un rêve ! Nad restera par la suite et jusqu’à ce jour un inamovible compagnon de route de Steve, assurant les parties vocales du guitariste lors des tournées.

Le fait de s’attarder sur le parcours musical de Nad Sylvan montre à quel point la sortie de Courting The Widow est inscrite comme une évidence. Et rien d’étonnant sur la forme, puisque la formule « album concept » est proposée, racontant les aventures de The Vampirate (personnage développé par le chanteur scandinave durant les années passées avec Steve Hackett) courtisant la veuve – entendez la Mort – à bord d’un navire du dix-septième siècle le ramenant chez lui. Le fil conducteur s’enroule autour des différentes approches de cette étrange séduction, alerte et enjouée sur « Carry Me Home » qui ouvre l’album, ou plus sombre sur les premiers accords de « Courting The Widow », traversé par quelques notes de piano aussi envoûtantes que lumineuses.

Nad nous invite à sa table pour partager son univers empreint de sonorités vintage, sur lequel il pose sa voix caméléon d’où ressurgissent les intonations de Phil Collins ou Peter Gabriel. Et lorsque résonnent les premiers accords de « To Turn The Other SIde », longue pièce de plus de vingt minutes, on se dit : « Voilà … le Souper est prêt » ! On va alors se délecter de ce nectar musical, et l’avaler à grandes cuillerées tapissant nos papilles d’émotion : notre esprit déambule alors entre Foxtrot et Wind And Wuthering … Ne sentez vous pas nos âmes se consumer ?

Changement de décor avec « Ship’s Cat », ballade dans le plus pur style des compositions de Peter Gabriel – évoquant même Kate Bush dans la musicalité des refrains – et narrant l’histoire du chat présent à bord du navire …miaulements de l’animal de compagnie de Nad en prime ! L’album est traversé par des passages absolument magnifiques, servis par des musiciens hors pair – à commencer par ceux de la tournée Steve Hackett (le maître en personne, mais aussi Nick Beggs, Gary O’Toole ou Rob Townsend), par les Flower Kings Roine Stolt et Jonas Reingold, ou encore par l’excellent Nick D’Virgilio à la batterie. Après être passé par le trépidant « When The Martyr Carved His Name », le voyage se termine par « Long Slow Crash Landing », titre grandiose et grandiloquent que n’aurait pas renié Fish, transcendé par un solo de Steve Hackett de toute beauté.

Il ne fait aucun doute que Courting The Widow est de la veine des œuvres qui vont compter cette année – ce qui est la moindre des choses pour un vampire ! Il constituera pour les nostalgiques du grand Genesis une passerelle fulgurante à travers le temps, reliant le Prog Old School des seventies aux sonorités plus modernes de notre époque. Mais bien évidemment, là où certains loueront le prolongement inspiré de l’œuvre de la bande de Peter Gabriel, d’autres pourront regretter cet aspect « redite », plus de quarante ans après – ayant préféré que l’histoire s’arrête sur ces sommets quasi inatteignables du passé. Nad Sylvan a le mérite de perpétuer le débat, tant son album est proche de cette perfection d’antan.

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