coup de coeur
29 Octobre 2015

Panzerballett

Breaking Brain

par Jean-Philippe Haas

Amis des « Cadet Rousselle » et autres « Compère Guilleri » , chers nostalgiques des comptines de notre enfance, le Panzerballett nouveau est arrivé - juste avant le Beaujolais - vêtu de sa belle robe à fleurs et de ses souliers vernis. Dégustons-le ensemble, voulez-cous ? Avec un bon sirop d'orgeat. Sans façon ? Un peu de limonade, peut-être ? Non plus ? Vous avez raison : sortons les cuirs, les enclumes et servons-vous un bon godet de Kérosène, verdammt noch mal !

Avec « Euroblast » comme apéro, c'est parti pour vingt minutes d'AOC Panzerballett : syncopes, mesures impaires, brutalité, et le saxophone d'Alexander von Hagke pour égayer le tout, quand ce n'est pas lui qui mène la danse. Du jazz joué à la tronçonneuse. Mais les Allemands ne se contentent pas de nous refaire un Tank Goodness bis : dès « Typewriter II » (vague hommage au fameux « Typerwriter » de Leroy Anderson), on se rend compte que notre quintette est loin d'avoir fait le tour de lui-même. Sur ce titre, le jeu de guitare du duo Zehrfeld/Doblhofer n'est d'ailleurs pas sans rappeler furieusement le style hors normes de Ron Jarzombek période Spastic Ink, alliant fun et virtuosité. « Der Saxdiktator », qu'on a pu entendre sur le DVD Live at Theatron Munich 2013 conclut brillamment ce trio de titres originaux avec quelques superbes échanges saxophone-artillerie lourde.

Après cette ouverture de très haute volée, il est temps pour le groupe de se décrisper un peu les mâchoires et de nous offrir deux minutes et demi de « Mahna Mahna ». Sur cette mélodie universellement connue, composée dans les années soixante par Piero Umiliani et popularisés par le Muppet Show (et The Benny Hill Show, accessoirement…), les métallurgistes s'en donnent à cœur joie pour transformer une ritournelle amusante et entraînante en un bombardement quasi ininterrompu. Un traitement un peu plus fin est réservé au non moins célèbre « Pink Panther » de Henry Mancini en clôture du disque; l'occasion d'entretenir une tradition : rejouer une composition déjà présente sur un précédent disque, à savoir Starke Stücke. Autre habitude prise désormais par Panzerballett : inviter l'artiste « hommagé » à se joindre à la fête. Tandis que sur Tank Goodness Randy Brecker prêtait main forte au groupe pour une reprise de « Some Skunk Funk », c'est au tour du percussionniste indien Trilok Gurtu de participer à la relecture de son « Shunyai ». Si celui-ci a sans doute peu eu loisir d'être pris entre le marteau de Thor et l'enclume de Vulcain, il semble ici fort bien s'en accommoder.

Mais penser qu'on n'a affaire qu'à une bande de brutes épaisses serait faire preuve d'une méconnaissance totale du sujet, car comme toujours, même au cœur de la plus terrifiante tourmente (c'est-à-dire même dans « FrantiK Nervesaw Massacre », composé par l'ancien guitariste Martin Mayrhofer), on trouve du groove, du funk, de l'humour, de la bonne humeur. Certains titres en sont mieux dotés que d'autres, comme « Smoochy Borg Funk », mais Panzerballett ménage des ruptures un peu partout, surtout lorsqu'on s'y attend le moins. Saluons au passage la terrible section rythmique menée par Sebastian Lanser et Heiko Jung, impressionnante de puissance et de finesse à la fois. On retrouve aussi sur Breaking Brain la production impeccable de Tank Goodness, qui permet aux éléments les plus légers de rester au-dessus de la mêlée et de n'être point broyé sous les chenilles du blindé.

A ceux qui pensaient que la formule ferait long feu, on est heureux de répondre que ce n'est pas encore pour cette fois. On invite comme d'habitude les sceptiques à venir voir le groupe en live pour s'en persuader.

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