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23 Octobre 2015

Plaistow

Titan

par Jean-Philippe Haas

Plaistow en demande beaucoup à son public mais le lui rend bien. En 2012, Lacrimosa déroulait son post jazz minimaliste le long de deux monstres de vingt minutes très contrastés, l'un mené par le piano, l'autre par la batterie. Immersion totale obligatoire. L'année suivante, Citadelle revenait vers quelque chose de plus mélodique, de plus rythmé, de plus « jazz » serait-on tenté de dire. Titan, lui, prend clairement le vide spatial en modèle pour évoquer quatorze des satellites de Saturne : révolutions lentes, imperceptibles, mouvements cycliques, envoûtants, froideur hypnotique, silences.

Il est difficile de décrire ce monolithe à quatorze faces, car celles-ci brillent d'un éclat différent, selon l'angle sous lequel y sont reflétés le piano, la batterie et la contrebasse. Chacun tour à tour tient les commandes de ce vaisseau à la dérive autour de la géante gazeuse. Plaistow joue sur la répétition, le silence, procède par petites touches (« Prometheus », « Helene », « Titan ») ou, au contraire, dresse un mur sonore infranchissable (« Phoebe », « Dione », « Thetys ») dans les rares fissures duquel se glissent parfois un accord, agglomérat de poussière cosmique arrivée là on ne sait comment. De rouleau compresseur rythmique en lentes progressions aérées, de moments où la matière se fait aussi ténue que dans les espaces interstellaires en compositions denses comme le cœur d'une étoile, Titan n'est ni confortable ni rassurant, bien qu'il puisse aussi toucher par sa beauté nue (« Pan », « Enceladus »).

Exigeant, immersif, ce disque est un voyage spatial qui ne laisse pas indemne, une mission Cassini à la fois flippante et trippante comme seul sait en organiser le trio suisse.

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