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13 Octobre 2015

Renaud Louis-Servais Group

Epic Circus

par Aleksandr Lézy

Depuis quelques années, un homme tapi dans l’ombre fait parler de lui sans se montrer à travers une jeune guitariste, Tina S., très prisée sur un fameux site web d’hébergement de vidéos : sept millions de vues en un mois à l’âge de treize ans tout de même ! Renaud Louis-Servais n’est autre que son professeur. Enseignant, compositeur, arrangeur, il multiplie les groupes mais son projet essentiel reste celui qui porte son nom. Après un premier album Iluna sorti en 2011 sous le nom de Renaud Louis-Servais Group, Epic Circus voit le jour, peut-être poussé par le vent de succès insufflé par sa petite protégée.

Accompagné et soutenu par de sérieux candidats comme Aurélien Ouzoulias, compagnon de route de Christophe Godin et Virgil Donati à la batterie, Henri Dorina à la basse et le sémillant Philippe Saisse aux claviers, Renaud Louis-Servais déploie un arsenal conséquent et ne fait pas les choses à moitié.
Depuis les années 80, la mode du guitar-hero, dans le hard-rock ou le jazz fusion, s’est, il est vrai, nettement estompée même si des pointures comme Joe Satriani Steve Vaï ou Yngwie Malmsteen d’un côté ou Frank Gambale, Scott Henderson ou Allan Holdsworth de l’autre sont encore des figures de proue, pour ne citer qu’eux … Pourquoi finalement continuer à écouter de la musique qui met l’accent sur un seul instrument ? Probablement parce que la virtuosité exploitée à la guitare continue de fasciner, tout comme le violon fascinait au début du dix-neuvième siècle, avec les prouesses de Niccolò Paganini.
Aujourd’hui certains aspects de ce genre ont été gommés. Renaud Louis-Servais a pris les choses dans le bon sens pour faire de cet album un album de groupe tourné vers la guitare, et ce simple fait change pas mal la donne. De très haut niveau, il a su privilégier sur l’ensemble des morceaux la simplicité à la complexité, toutes proportions gardées, et doser le contenu en trouvant le bon équilibre dans les tempi, les rythmes et les genres. Principalement jazz fusion, avec quelques aspects progressifs voire hard comme sur les deux titres où apparaissent Virgil Donati, Epic Circus respire la réflexion à plein nez et rien n’a été laissé au hasard, jusqu’à la production moderne mais extrêmement naturelle.
Tout cela pour mettre en valeur, et c’est bien là le sujet, le jeu quasi parfait du protagoniste principal. Les styles de jeu, les phrasés, les nuances, les degrés de saturation, les techniques, les effets : tout est méticuleusement abordé, tout en gardant à l’esprit que la mélodie est toujours mise au profit de l’harmonie, sans aucune démonstration inutile, aucun superflu et une présence à couper le souffle.

Certes, Renaud Louis-Servais n’invente rien, il perpétue une tradition de la guitare mais livre ici un produit léché, agréable à écouter, très bien ficelé et même instructif pour les nouvelles générations de guitaristes en herbe voulant parfaire leur vocabulaire stylistique. Un niveau supérieur vient d’être clairement atteint avec Epic Circus. Et il n’y a pas besoin d’être musicien confirmé pour apprécier cette musique. A prendre comme ça vient.

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