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12 Octobre 2015

Ibrahim Maalouf

Kalthoum

par Raphaël Dugué

Deuxième album du diptyque consacré aux femmes, Kalthoum est un hommage à la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum, dont il reprend l’un de ses plus grands succès, une longue chanson intitulée « Alf Leila Wa Leila » (« Les mille et une nuits »). Si Red and Black Light est dédié aux femmes d’aujourd’hui et propose une musique résolument moderne, Kalthoum est au contraire beaucoup plus traditionnel en accord avec son sujet. Maalouf, accompagné des mêmes pointures que sur Wind, Larry Grenadier (contrebasse), Clarence Penn (batterie), Mark Turner (saxophone) et Frank Woeste (piano), a enregistré à New York ce disque empreint de métissage.

Kalthoum s’ouvre sur des notes de piano élégantes rapidement rejointes par le reste du quintette dans une mélodie intense. Tout au long de l’album, les musiciens naviguent avec subtilité entre les eaux du Moyen-Orient et les côtes américaines aux confins des traditions occidentales et orientales. Il en résulte un mélange délicat presque sensuel dans lequel les circonvolutions de la trompette d’Ibrahim Maalouf sont reines. Ce projet laisse une place plus importante à l’improvisation et en plus de Maalouf, ce sont Mark Turner et Frank Woeste qui profitent le mieux de cette liberté, laissant exprimer tout leur talent comme sur « Movement III » qui, du haut de ses presque quinze minutes, constitue le sommet de l’album. Les musiciens enveloppés dans des atmosphères envoûtantes dialoguent avec finesse. Porté par une rythmique hors-pair, le quintette s’amuse à surprendre ses auditeurs avec des cassures et changements d’ambiance soudains.

L’art de la répétition des musiques orientales est central dans ce disque. Parfaitement utilisées, ces ritournelles deviennent hypnotiques, et cette façon de réinterpréter les mélodies tantôt mélancoliques, tantôt festives emporte les auditeurs dans un voyage presque transcendantal.

Kalthoum rappelle parfois le jazz spirituel de John Coltrane, il évoque aussi le Masada de John Zorn dans cette volonté qu’a le Franco-Libanais de marier la musique de ses origines et ses influences jazz. S’il est moins original et moins varié que son faux jumeau Red and Black Light, Kalthoum gagne en intimité et en cohérence. Avec ce diptyque, Ibrahim Maalouf révèle une fois de plus son incroyable versatilité, étant aussi à l’aise dans le jazz classique que dans les formats rock ou pop; sa capacité à rendre accessible un discours complexe est l’une de ses plus grandes qualités.

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