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17 Septembre 2015

Morgan Ågren

Batterie Deluxe

par Florent Simon

On connaissait Morgan Ågren en duo avec Mats Öberg, au sein du quintetMats/Morgan Band, en invité sur les disques des amis ou encore en batteur-héros deBanned of Utopia ouCrimson ProjeKCt. Voici désormais Morgan Ågren en solo avec cet album portant certes son nom, mais qui ne déroge pas à la règle consistant à y inviter ses proches (dont l’inséparable Mats) et enregistrer le tout dans son studio maison « Annanstans Studios », reclus dans la campagne près de Stockholm. Qu’attendre donc de Batterie Deluxe? C’est là toute la question qui opposera son public.

Premièrement, ceux n’attendant de lui qu’une suite de solo de batterie seront déçus, alors que les autres apprécieront cette juste balance entre deux mondes que sont la technicité clinique et les excentricités électroniques. Cet album propose en effet autant des boucles d’electronica que des breaks de batteries trempés de sonorités hors du temps, sans jamais vraiment choisir. Il faut rappeler que le Suédois a conquis les amateurs de divers courants progressifs en multipliant les collaborations depuis vingt cinq ans, autant qu’il est reconnu par sa frappe parfaite et inégalable. L’idée d’avoir sa version d’un hommage à la batterie est donc aussi bienvenue qu’attirante, piquant notre curiosité.

La plupart des morceaux débutent ainsi sur des patterns entêtants de boîte à rythme et de synthés, laissant place à une deuxième partie faisant la part belle à son jeu de batterie explosif, laissant le côté deluxe se montrer dans un deuxième temps. Dans tous les cas, si les quatorze titres enregistrés entre 2012 et 2014 peuvent paraitre répétitifs ou inaboutis de premier abord, il est dommage de ne pas s’y pencher plus, ses compositions prouvant que le mieux est l’ennemi du bien, et encore plus dans un tel exercice. Et c’est en cela que la musique de Morgan Ågren est riche, ne se perdant jamais dans les clichés d’un soliste scolaire, quitte à décevoir les moins avertis.

Mais de par son implication complète en tant que compositeur, producteur et interprète, cet album met surtout à l’honneur la créativité de son auteur, ici augmentée de textures synthétiques, samples et autres artistes. L’expérimentation est également présente : par exemple certains sons de basse (« Isarn » ou « Mamadou ») proviennent d’un manche de quatre-cordes coincé entre la pédale et la grosse caisse. Citons aussi des éléments inhabituels, tel que le chant en wolof de Mamadou Sene sur le morceau éponyme ou encore les incursions world du violon électrique de Neyveli Radhakrishna. Enfin il convient de mettre en valeur le morceau « F Files » aussi nerveux que moderne, et qui se termine avec fracas et saturation à l’aide de Devin Townsend et Fredrik Thordendal.

Batterie Deluxe est donc une belle occasion de rentrer dans l’univers unique de ce musicien définitivement attachant. Il est toujours plaisant de retrouver sur un même disque des ambiances pêle-mêle, électronica, world, zeuhl ou jazz, qui définissent ses goûts tout en appuyant la singularité de son expression musicale. C’est une curiosité ne proposant guère de nouveauté mais qui a son lot de pépites dont il serait idiot de se priver. C’est enfin aussi l’occasion de rappeler l’extrême virtuosité aussi technique que sensible du batteur, bien qu’elle soit parfois ici fondue dans un nuage électro-ambient. Alors, vrai ou faux album solo? La sortie vinyle, qui survient quelques mois après celle du CD, aidera les plus passionnés d’entre vous à trancher.

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