coup de coeur
09 Septembre 2015

Ange

Emile Jacotey Resurrection - Live

par Jean-Philippe Haas

Le petit village de Saint Bresson en Haute-Saône a connu les 7 et 8 juin 2014 une effervescence inhabituelle : l'élévation d'un chapiteau suivie de l'arrivée de saltimbanques et de leur public enflammé. Ces baladins se nommaient eux-même Ange et étaient venus célébrer la sortie de leur dernier album, Emile Jacotey Resurrection, emmenés par le paroissien Christian Decamps. Cette grand fête a laissé de belles traces dans le cœur des Imbibés, comme on les appelle, mais aussi sur la pellicule qui a capté le spectacle des Franc-Comtois. Emile Jacotey Resurrection – Live- voilà un titre on ne peut plus parlant - immortalise une soirée mémorable pendant laquelle la fresque fut jouée dans son intégralité.

Surprise ! C'est Steven Wilson himself qui adresse un message aux fans en ouverture du film. Le Britannique évoque son adolescence et un voyage en France au cours duquel il aurait acquis le trente-trois tours mythique et serait tombé amoureux de la musique d'Ange. Sur ses belles paroles, fondu au noir… et voici un « Bêle, bêle, petite chèvre » survolté ! La bande a bien préparé son concert, cela se voit et s'entend. Les versions des chansons, y compris les nouvelles compositions, sont réglées au millimètre, et subliment littéralement les originales. C'est que le groupe nécessite d'être vu - vécu ! - dans la vraie vie pour sentir toute l'énergie et la sincérité qu'il transmet depuis quarante ans. Est-ce à dire qu'Emile Jacotey Resurrection – Live est au-dessus de son analogue studio ? Osons l'affirmer.

Les Decamps, père et fils, sont en grande forme et particulièrement en voix. Vecteur essentiel des émotions portées par ses contes et légendes, Christian est plus expressif que jamais, mêlant emphase, humour et poésie à son inimitable manière. Il faudrait être inhumain comme une multinationale ou insensible comme un politicien véreux (pléonasme ?), pour ne pas être ému par son interprétation de « Sur la trace des fées » ou touché au cœur par l'émouvant « Ode à Émile ». Autour du Père, Hassan Hadji et Thierry Sidhoum ont du mal à tenir en place et gigotent autant que faire se peut sur la scène du chapiteau, tous deux mis en valeur par un mixage au poil, œuvre du batteur Benoît Cazzulini. Les quatre chansons du rappel font le grand écart entre plusieurs décennies avec d'un côté les récents « Tueuse à gages », « A l'ombre des pictogrammes » et de l'autre « Fils de lumière » et une version dramatisée et explosive de l'instrumental « La colère de Dieux » qui clôt le concert en un crescendo tempétueux. Le public est… aux anges.

Cette heure trois quarts de plaisir live fait regretter de ne pas avoir été présent à l'homérique commémoration. Certes, tout indispensable, professionnel et bien ficelé qu'il est, ce DVD ne retranscrit qu'une partie de ce que dégage Ange sur scène. Mais faute de mieux, on se contentera de le repasser en boucle tout en convoquant les souvenirs précieux que nous ont laissés les spectacles angéliques. Après une telle représentation, on a envie de dire : que la variété parisienne surmédiatisée et les rockeurs du dimanche propres sur eux passent leur chemin, car le rock paysan de chez nous est bien vivant !

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