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17 Août 2015

O.R.k

Inflamed Rides

par CHFAB

Derrière l’appellation O.R.k se situent quatre musiciens émérites, aux nombreux projets précédents. Jugez-en plutôt : Pat Mastelotto (doit-on le présenter, batteur de King Crimson pour la période 2000, entre autre), Colin Edwin (bassiste de Porcupine Tree, pour ne siter que lui), Carmelo Pipitone (guitariste pour Marta Sui Tubi), et enfin Lorenzo Esposito Fornasari (chant, claviers, chez Berserk ! et Obake)… En explorant plus avant le CV de chacun, on remarquera le nombre impressionnant de collaborations auxquelles chaque artiste a participé séparément… On peut donc se hasarder à constater d’emblée que cette formation s’avère prometteuse, voire frappante !

Inflamed Rides ne laissera pas indifférent, tant il se présente comme un album aux ambiances très marquées, sombres et folles, hypnotiques (à l’image de la pochette délirante), ou déchaînées, avec un son très produit, et à l’inspiration ascendante. Une chose frappe d’entrée, ce sont les similitudes très troublantes entre la voix du chanteur et celle de David Sylvian… Le mimétisme en est à ce point poussé qu’on peut douter : même voix feutrée, caressante, grave et sensuelle, même tremolo dans les finales, en un mot, superbe ! Une voix rare donc, qui fera montre d’une étendue plus vaste que prévue, autant du point de vue du timbre que de l’interprétation. Régulièrement, Esposito Fornasari pousse dans les aigus, empruntant des chemins plus lyriques, ou plus post rock, parfois plus metal (« No Need »), et le tout avec expressivité, servant le propos résolument âpre du disque. De Sylvian on reconnaîtra aussi le même goût pour les constructions rythmiques soignées, capiteuses, les trous d’air, les nappes stratosphériques et mystérieuses (morceau final totalement céleste !), et le même penchant expérimental. Mais c’est un versant émotionnel et mélodieux qui a été choisi ici, pour le plaisir du plus grand nombre. Ainsi les ailes fascinantes de Rain Tree Crow (« Bed Of Stones ») se font sentir, ce qui n’est pas une mince référence !

Les guitares sont très proches, lorsqu’elles se font électriques, de celles de Robert Fripp, avec ce son aux interventions tranchantes, ou ses notes tendues de fil d’or… Les arpèges acoustiques sont de toute beauté (« Pyre »), rappelant parfois même le Tchapman stick et ses motifs entrelacés…La basse, dont on connaît en principe l’aisance et la sensualité de son auteur, renforce la touche ensorcelante de cette musique, le savoir faire et le groove de Colin Edwin faisant une fois de plus merveille. Quand aux rythmiques du sieur Mastelotto, inutile d’évoquer leur ampleur, leur précision, leur nuance, bref, tout est bon dans ce cochon !!! La palette est plutôt variée, offrant nombre de séquences, tantôt furieuses, tantôt troubles, alternées avec des paysages contemplatifs absolument magnifiques. Enfin pour varier un peu le menu, une trompette (« Dream Of Black Dust ») aérienne, ou un violoncelle s’invitent à la cérémonie, afin de terminer l’ouvrage dans de la pure contemplation, et avec un bonheur certain.

Une fois l’acceptation de cette musique, d’évocations plutôt que de chansons aux couplets-refrains identifiables, une fois cette teneur sombre, trouble, violente et un peu froide d’apparence, une fois la couleur désespérée et mélancolique apprivoisées, on constatera que le niveau d’inspiration s'accroît au fur et à mesure du disque. Alors difficile de mieux commencer !

Amateurs de fusion néo metal moderne, flirtant avec Tool, King Crimson période 2010, Rain Tree Crow, Queensrÿsche et au-delà, sachez-le: ce premier disque est une réussite ! Pour les autres, ici point de néo, ni d’hymnes accrocheurs, ni angélisme ensoleillé… Il en faut parfois, mais ce ne sera pas pour cette fois-ci !

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