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03 Juillet 2015

Orange The Juice

The Drug of Choice

par Jean-Philippe Haas

Les Polonais d'Orange The Juice ont secoué leur petit monde avec la sortie l'année dernière de The Messiah is Back, sorte de cirque dégénéré animé par des clowns cyclothymiques, capables de passer d'une seconde à l'autre d'une joie naïve à une fureur incontrôlable. Quelques temps plus tôt, plus précisément en octobre 2012 à Varsovie, le groupe donnait un spectacle devant un petit parterre de curieux – ils en ont pris pour leur grade ceux-là. De cet événement est né le DVD The Drug of Choice.

Orange The Juice ne se contente pas d'un collage d'humeurs ou de frasques musicales décousues, mais propose en une heure et quart un véritable concert, certes un peu ardu à digérer quoiqu'en en totale cohérence avec ce qu'on a pu entendre récemment sur The Messiah is Back ou sur son prédécesseur You Name It. Au centre de la scène et de toutes les attentions il y a tout d'abord la prestation vocale de Konrad Zawadzki, crâne rasé, veines saillantes, tee-shirt kaki. Très influencé par Mike Patton (côté hurlements surtout), il se positionne dans un registre résolument non chanté, à tel point que sa présence peut agir dès les premières minutes comme une arme de dissuasion redoutable. Même la venue d'une chanteuse tout ce qu'il y a de plus charmante et suave sur « I Was Wrong » ne calme pas l'hystérie qui submerge notre individu par vagues. Par bonheur, les musiciens qui l'entourent apportent sporadiquement les touches mélodiques permettant l'absorption par le public d'une grande quantité de cris et scansions. La troupe n'est cependant pas moins déjantée que son ambassadeur au micro : elle peut sans ciller produire un déluge de décibels puis passer sans transition à un thème cotonneux des plus paisibles. Pour contraster au maximum cette alternance d'impétuosité crissante et de nonchalance lounge, le groupe a invité quelques souffleurs – trompettiste, saxophoniste, tromboniste – capables sans sommation eux aussi d'asséner des séquences suraiguës à la John Zorn. Une réalisation audacieuse sans être trop péniblement arty accompagne un mixage très adroit, compte-tenu de la difficulté de rendre audible une musique capable d'alterner en quelque secondes noise rock hurlé, plages ambient et interludes reggae, comme le tout à fait surprenant « Out of Place ».

Le visionnage de The Drug of Choice ne sera qu'une formalité et une probable source de plaisir pour les habitués des artistes évoqués ci-dessus. On ne saurait trop conseiller aux plus frileux de s'y engager par paliers successifs. Quant aux débutants, l'abstention est clairement le choix le plus judicieux.

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