coup de coeur
11 Juin 2015

Homunculus Res

Limitti All’Eguaglianza Della Parte Con Il Tutto

par CHFAB

Englishman in Palermo : machina molla ?… Petite séance de rattrapage, pour cette première perle sortie en 2013, encore dénichée par l’incontournable label italien Altrock, dont les choix ambitieux ne sont plus à démontrer. Homunculus Res est une merveille, autant gagner du temps pour l’amateur de prog ou d’avant-garde (si tant est qu’on dut séparer l’un de l’autre), l’actualité étant périodiquement saturée d’albums passe-partout, souvent très lyriques et imaginativement frileux… Comme quoi, quantité n’induit pas toujours qualité…
Limitti All’Eguaglianza Della Parte Con Il Tutto (limites de l’égalité entre la partie et le tout) est le premier disque d’un septuor venu de Palerme, emmené principalement par Dario D’Alessandro , ainsi que quelques multi-instrumentistes de talent, qui nous concoctent ici un véritable petit trésor d’originalité, d’imagination, de personnalité, et d’une liberté rare. Au programme : vintage mais sans aucune nostalgie, jazz mais sans joutes interminables, psychédélique mais sans excès, prog mais sans longueurs, pop mais sans simplisme, avec pour réelle ambition de ne pas stagner.
Une référence domine malgré tout ce disque : l’école de Canterbury. On y retrouve effectivement certains canons : voix et esprit pop, batterie et harmonies jazz, importance des claviers (quelques soli évoquent Dave Stewart), et une envie fondamentale d’explorer. Les humeurs oscillent entre humour grinçant, understatement et dérangements psychotiques, le tout avec un souci mélodique absolument délicieux… Un autre signe : point de guitar-héroïsme tapageur, mais plutôt des lignes et rythmiques sobres et swing, à la manière d’un Caravan.
Homunculus Res, œuvre dans tous les registres, alternant douceur ou folie pop (la musique parfois bégaie littéralement !), cacophonie (2) et musiques tendues (mais jamais trop envahissantes), délires synthétiques goguenards (4), ballades émues (5), trous d’air et boucles obsessionnelles (14), paysages nordiques (17), bossa nova, etc. Les formats étant très courts pour du prog (dix huit titres !), les humeurs se savourent ainsi à profusion, avec cette impression d’une continuité vraiment plaisante. Les influences sont sous-jacentes et magnifiquement intégrées : les premiers Soft Machine, Robert Wyatt bien sûr, mais aussi Picchio Dal Pozzo, Le Orme, ou bien Zappa, entre new jazz, jazz rock et pop fin sixties-début seventies, un mariage idéal entre élégance britannique, ironie cruelle et mélodie italienne… Quelques variations instrumentales rafraîchissent le tout , avec entre autre Paolo « SKE Botta » , invité aux claviers (un festival: Minimoog, Casiotone, Memotron, piano, Microkorg, Wurlitzer, Arp Odyssey, Farfisa et Hohner, le rêve absolu pour tout amateur de touches noires et blanches !). Tout y est si bien mené, digéré, et avec un sens si épatant des arrangements, du chant, des chœurs (nombreux), et de l’imprévu, tout y est d’une telle évidence et fluidité que le charme opère immédiatement, et en profondeur.

La production est fine, simple, très britannique. Le livret est illustré par les peintures du compositeur principal (superbe travail), ajoutant encore à la personnalité du groupe, comme s’il en manquait… ! Les sujets chantés en italien évoquent (lorsqu’ils ne sont pas absurdes ou surréalistes) la désillusion, la médiocrité du monde et des êtres, l’amour, ou la mélancolie, comme pour mieux appuyer la variété de tons… Pour conclure, Limitti All’Eguaglianza Della Parte Con Il Tutto est un bijou de réussite qu’il serait déraisonnable de laisser passer… Quant aux amateurs de Canterbury à dominante claviers, ceci sera VOTRE disque de chevet 2013 !

Bravo !

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir