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09 Juin 2015

Shining

Shining

par Raphaël Dugué

Alors que la sortie du successeur de One One One est prévue pour la rentrée 2015, il est intéressent de se pencher sur la réédidtion de deux albums charnières de la carrière de Shining : In the kingdom of kitsch you will be a monster sorti en 2005 et Grindstone sorti en 2007 regroupés par le label Rune Grammofon dans un même packaging intitulé sobrement Shining.

Shining a débuté dans le jazz acoustique expérimental pour petit à petit inclure des éléments de metal, qui donneront naissance à ce qu’ils définissent comme du blackjazz sur l’album du même nom sorti en 2010. Il s’agit d’un genre de metal hypervitaminé à la fois technique et agressif avec un saxophone au premier plan qui ressemble à un cousin lointain du « 21st Century Schizoid Man » de King Crimson. Avoir ces deux disques en regard permet d’assister à la façon dont le metal s’installe graduellement dans la musique des Norvégiens pour donner naissance à ce nouveau style.

In the kingdom of kitsch you will be a monster s’ouvre sur un morceau aux guitares saturées et rythmes complexes mais le reste de l’album est cependant moins agressif sans perdre son intensité. On retrouve les influences de Mr. Bungle ou Secret Chiefs 3, comme l’inspiration de la musique de films d’horreur et surtout un certain côté iconoclaste dans l’utilisation des sonorités étranges. Le collage est aussi une composante importante de ce disque, les différentes parties se suivent de façon aléatoire. Le saxophone alambiqué de Jørgen Munkeby, marque de fabrique de Shining, est présent tout au long de l’album.

Grindstone, sorti deux ans plus tard, fait donc entrer le metal encore plus dans la musique de Shining. L’apparition du chant au premier plan sur le morceau d’ouverture marque aussi cette évolution stylistique qui va perdurer jusqu’à One One One basé sur les formats courts chantés. Les compositions sont aussi plus resserrées, il y a moins de digressions. Le propos devient plus direct même si le groupe garde son côté joueur avec notamment cette réinterprétation irrévérencieuse de Bach intitulée « -... .- -.-. .... » ou cette utilisation volontaire de claviers aux sonorités kitsch. Le goût pour les rythmiques alambiquées est toujours présent et les changement brutaux d’ambiances également, les guitares saturées laissent place par exemple au clavecin dans un joyeux bazar. Le disque s’achève sur le chaotique « Fight Dusk With Dawn » qui ouvre la porte vers Blackjazz.

Cette compilation est donc indispensable pour découvrir le cheminement de Shining, In the kingdom of kitsch you will be a monster et Grindstone sont aussi deux jalons essentiels de la scène expérimentale contemporaine scandinave.

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