coup de coeur
21 Mai 2015

The Tangent

A Spark In The Aether

par Florent Canepa

Retour du fastueux Andy Tillison et son entité toute puissante, The Tangent, qui désormais déploie son œuvre avec la régularité d’un maître horloger. C’est d’ailleurs bien de temps dont il s’agit ici tant la musique du prolixe compositeur et claviériste traverse les époques et évoque à chaque instant les grandes heures de Pink Floyd (« Codpieces and Cake », où les ondes de « Echoes » se muent en Tangerine Dream) ou le Marillion d’origine (le sautillant titre introductif). Jeu d’orfèvre et de miroirs, le nouvel album de The Tangent opère tel un voyagiste progressif qui, libre de tout cliché et sans prises de tête, sait créer la surprise.

L’auteur définit lui-même son travail comme un retour aux sources. Loin des explorations orchestrales et concepts polyphoniques du précédent Sacre du Travail, l’ensemble se recentre sur la quintessence de la formation progressive à cinq membres. L’affirmation est d’ailleurs soulignée par le sous-titre de l’album, The Music That Died Alone 2, faisant écho à son album paru en 2003. L’homme sait s’entourer d’immuables pour les accents mélodiques -Theo Travis, compère de Steven Wilson au saxophone et à la flûte - ou les éléments structurants - Jonas Reingold, la basse des Flower Kings, glissante ou métronomique au choix. Le chant (qui n’a jamais été le point le plus fort) se veut plus discret mais, très fun dans les textes, fait souvent la place nette à une instrumentation qui déborde sur le jazz (« Clearing the Attic », à renfort de bois). Cette notion d’éternité de la musique progressive, Andy Tillison est l’un de ceux qui l’exprime le mieux, que ce soit à travers ses grilles d’accords ou ses parallèles appuyés (« Aftereugene », instrumental rococo référence au floydien « Careful With That Axe Eugene »).

On saute à pieds joints dans ce qui pourrait apparaître comme l’inverse d’une fontaine de jouvence et qui pourtant fait un bien fou. Le rajeunissement dans le classicisme est finalement ici une forme de miracle. La longue pièce de vingt minutes « The Celluloid Road » en est l'illustration. En son cœur, on passe en quelques minutes de l’esprit soul des Crusaders à Chris Rea puis Santana puis Yes. Andy y case même un Isaac Hayes potache qui scande le nom du groupe comme s’il était une série vintage. On ressort de cette écoute active transporté par des louvoiements qui sont pourtant d’une compréhensibilité désarmante. Le plus beau des paris, ici réussi, pour une musique complexe !

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