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11 Mai 2015

La Coscienza di Zeno

La notte anche di giorno

par Jean-Philippe Haas

Il est parfois difficile d'assumer l'héritage musical de son pays. L'Italie est réputée pour sa variétoche bon marché, mais on sait moins qu'elle a abrité un Âge d'Or du progressif dans les années soixante-dix. Aujourd’hui, certains groupes transalpins semblent avoir du mal à se défaire de leurs aînés (encore actifs, parfois) et ne pas reproduire à l'infini les vieilles recettes, ne pas réchauffer éternellement un plat qui s'est considérablement affadi au fil des décennies. La Coscienza di Zeno a pris le parti de revendiquer ce legs, d'en retirer la substantifique moelle, tout en prenant ce qu'il y a à prendre dans son époque. Le précédent et second album Sensitività posait déjà ces bases ; celui-ci emprunte la même voie.

De ses prédécesseurs illustres, le groupe a gardé le goût des belles mélodies, du chant très emphatique, des passages instrumentaux épiques, et applique une « charte sonore » qui privilégie les claviers vintage. Mais à la différence de beaucoup de ses compatriotes léthargiques, La Coscienza di Zeno sort souvent de ses gonds, n'hésite pas à envoyer du bois et à accélérer le tempo. Il n'est pas question non plus de provoquer une surcharge cognitive avec un disque interminable, l'un des pires travers du genre. Malgré le format CD, les deux suites qui composent cet album sont conçues pour occuper chaque face d'un trente-trois tours : « Giovane figlia » (« jeune fille ») et « Madre antica » (« vieille mère ») totalisent donc trois quarts d'heure en tout et pour tout. Le retour en grâce du vinyle a d'heureux effets collatéraux, dirait-on.

L'une des forces de ce disque, ce sont les lignes de chant limpides et parfaitement maîtrisées d'Alessio Calandriello, mélodiquement très accessibles – « à l'italienne », est-on tenté de dire - et logées dans un écrin instrumental qui accueille par moments une flûte et des cordes (violon et violoncelle). « Giovane figlia » se conclut sur le magnifique « Lenta discesa all'Averno », où Simona Angioloni reprend en français une partie du traditionnel « La Blanche Biche ». « Madre antica » est peut-être un peu plus typé retro-prog, mais reste suffisamment contrasté pour faire de La notte anche di giorno un album captivant, sans temps morts, à qui on redonne volontiers un tour ou deux dans la foulée du premier.

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