coup de coeur
04 Mai 2015

Klone

Here Comes the Sun

par Maxime Delorme

Le voilà ! Le tant attendu ! Le tant espéré ! Celui qui nous aura fait fantasmer ! L’album de la consécration ! Et oui, cela fait un bout de temps que l’on écoute Klone chez Chromatique et si depuis leur premier virage sur All Seeing Eye le groupe avait montré son unicité et son identité propre, on attendait le truc supplémentaire, le petit plus qui fait passer d’un bon groupe à un groupe exceptionnel. Si l’on avait entraperçu la grandeur de Klone à la sortie du très prog The Eye of Needle, les Poitevins avaient cependant favorisé l’efficacité des riffs sur leur album suivant The Dreamer’s Hideway. C’était donc enjoués mais un peu déçus que l’on avait reçu cette avant dernier album. Mais l’espoir n’était pas tout à fait retombé puisque dernièrement sur Facebook, le groupe communiquait l’écriture de nouveaux morceaux, plus atmosphériques. Et c’est effectivement ce que Klone nous a réservé pour ce Here Comes the Sun. Un album tout en subtilités, ambiances et atmosphères !

Il pourra sembler étrange aux amateurs de metal et des premières heures de Klone de tomber sur cet ovni qui prend son auditoire à complet contrepied : fini les riffs agressifs, fini les rythmes accélérés et les morceaux frontaux à la « Rocket Smoke ». Ici, on est définitivement dans le territoire de l’atmosphérique. Et si l’adjectif a déjà été utilisé à trois reprises jusqu’à présent, ce n’est pas pour rien. L’ouverture de l’album sur « Immersion » nous plonge dans cet espèce de lever de soleil en sepia, un peu sombre, un peu triste, de l’artwork de l’album. Mais si la teinte donnée à l’album est radicalement différente de ses prédécesseurs, il faut tout de même noter que la patte, l’identité de Klone, elle, est intacte. Ainsi on reconnait dès les premières notes le timbre irremplaçable de Yann Ligner et dès les premiers battements la fantastique section rythmique de Jean-Etienne Maillard à la basse et de Florent Marcadet à la batterie. Les grosses guitares se mettent en place, avec cette dualité à laquelle le groupe nous a habitué : une rythmique lourde, un lead envolé plein de reverb et de delay pour relever le tout, et enfin, cerise sur le gâteau, les saxophones et ambiances de Matthieu Metzger. L’ouverture s’embrase dans une coda finissant de qualifier complètement cet album : beau, sombre, aérien. Si « Immersion » est important, c’est qu’il représente à merveille la synergie du groupe. Car c’est bien de celà qu’il s’agit : une unité entre tous les musiciens qui donne un tout solide, fort et d’une cohérence sans pareil.

Le tableau est complet, l’ouverture de l’album passée, le groupe passe de bonne surprise en bonne surprise. On se surprend alors à voir un hommage extrêmement réussi à Police sur « Gone up in Flames ». On se met à l’air-drumming sur la seconde moitié de « The Drifter » et à l’air-guitar sur les riffs lourds de « Grim Dance ». Dans l’ensemble, tout se joue sur les petites subtilités, les petits détails qui fourmillent et qui enrichissent la musique. On note en particulier une présence un peu plus importante des saxophones qui renforcent encore ce côté polyvalent du groupe. L’album se termine sur un « The Last Experience » final aux sonorités proches d’un Gojira : lent et lourd. Le rendu de la production, bien plus naturel que sur les albums précédents (le groupe avoue lui-même un enregistrement « bio élevé au grain » - comprendre à l’ancienne sans bidouilles numériques), donne un coup de pouce indispensable au dynamisme de l’album qui, il faut l’avouer, joue aux montagnes russes entre passages très calmes et moments plus énervés. « Fog » ou « The Last Experience » sont d’excellents exemples de ce jeu entre ambiances.

De manière générale, ce qui ressort de cet album, c’est un virage risqué mais pleinement réussi. En choisissant de conserver le côté sombre qui a donné une identité à leur musique, tout en dérivant vers une musique plus posée, moins chargée, le groupe montre qu’il sait sortir des carcans du métal pour aller vers une musique plus exploratoire. Plus exploratoire certes, la musique de Klone se cherche peut-être encore un peu, mais en tout cas il est indéniable que Here Comes the Sun montre une fois de plus le talent des Poitevins et leur capacité à faire des mélanges et à puiser dans des inspirations variées pour créer une musique riche. Here Comes the Sun les place au-dessus de ce que l’on fait de mieux en matière de progressif à base de metal en France. Très loin au dessus.

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