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28 Avril 2015

Sanguine Hum

Now We Have Light

par Jean-Philippe Haas

Sanguine Hum regroupe quatre musiciens d'Oxford qui n'en sont pas à leur coup d'essai. Troisième réalisation du groupe, Now We Have Light concrétise une ambition née au début des années deux mille, commune à un grand nombre d'artistes de prog' : bâtir une œuvre conceptuelle. A présent que les musiciens ont un peu roulé leur bosse, ce projet se matérialise enfin sous forme d'un double album. Tout au long d'une histoire à teneur certes post-apocalyptique mais narrée sur un mode satyrique, on suit la destinée de Don, le responsable du cataclysme qui a mené l'Humanité à sa perte. Seuls quelques riches privilégiés - dont notre héros - continuent à se la couler douce dans leur cocon. Mais un jour Don découvre les plans d'une machine étrange qui produit de l'énergie grâce à... des chats dont le dos a préalablement été beurré !

Now We Have Light mêle des éléments retro prog' – notamment du côté des claviers – à une musique plus actuelle, qui se rapproche parfois du psychédélisme de Porcupine Tree (« Drastic Attic », par exemple) quoiqu' inspirée clairement des Grands Anciens. Les qualificatifs se bousculent pour décrire cette œuvre à l'ambition affichée. Mélodique, ça ne fait aucun doute. Variée, c'est une certitude. Bien interprétée et bien produite, on ne saurait dire le contraire. On ne peut non plus affirmer que ce disque ressemble à un autre, qu'il recycle du vieux pour faire du neuf. Le chant est assez agréable, et ne lasse pas sur la durée. Enfin, le récit ne manque pas d'humour, parabole sur l'inconséquence humaine, même lorsque l'heure est grave.

Pourtant on peine à trouver ces points d'accroche qui font d'un album – d'un double conceptuel, par-dessus le marché – un coffret qu'on aime rouvrir fréquemment. Les contraste forts, les flamboiements un peu pompiers, les changements inattendus d'atmosphère qui transforment chaque écoute en une redécouverte, font défaut. Ou plutôt, ils sont trop rares ou trop dispersés pour assurer une cohésion d'ensemble, une écoute sans temps morts, sans impression de remplissage durant ces quatre-vingt-deux minutes. Il y a bien sûr des titres qui méritent d'être cités : l'ouverture « Desolation Song », le bucolique « Just A Prelude » et la basse joliment ronflante de l'instrumental « Cat Factory » qui lui fait suite, « Six Parts » et son riff principal asymétrique,... Le second disque, plus équilibré, réussit d'ailleurs pratiquement à gommer les défauts de son devancier. Mais pas tout à fait.

Il est paradoxal de dire d'un album qui cumule autant de qualités qu'il indiffère. Mais à vouloir en faire trop, Sanguine Hum n'en fait pas assez : il ne suffit pas d'avoir de bonnes idées, il faut savoir les mettre en ordre pour les rendre attrayantes. Bilan : tout ceci manque de liant, de rythme, et on ne se sent que rarement embarqué dans une aventure pourtant originale. Si le groupe voulait bien resserrer un peu son propos et travailler sur la dynamique des titres, il est à peu près certain qu'il parviendrait à produire quelque chose de vraiment passionnant.

L'histoire ne s'achève pas avec Now We Have Light car une suite annonçant le retour de Don est mentionnée dans le livret. Souhaitons que cette deuxième partie tienne les promesses que n'a pas entièrement tenues la première.

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