coup de coeur
24 Avril 2015

Nichelodeon / Insonar

Ukiyoe

par Jean-Luc Pillac

Pour que vous puissiez comprendre l’univers dans lequel évolue Claudio Milano, il me faut dans un premier temps vous présenter le parcours impressionnant du personnage. Claudio a tout d’abord étudié le chant, le piano, la diction et la lecture théâtrale. Il a également étudié l’art et il est diplômé de scénographie suite à l’écriture d’une thèse soutenue en 2000. Il a obtenu un diplôme de musicothérapeute en 2004 et il m’a précisé qu’il mène en Italie des actions auprès de personnes souffrant de troubles psychotiques et de la communication. Il écrit des musiques de théâtre et collabore à de multiples projets en tant qu’acteur ou chanteur. Et pour finir, ayant étudié il y a for longtemps à l’Academy of Fine Arts, il a lui même réalisé le graphisme de la pochette de ce très bel objet qui rassemble un CD et un DVD contenant un court-métrage : Quickworks & Deadworks de Francesco Paolo Paladino, mis en musique par Nichelodeon/Insonar. Comme vous l’aurez deviné très cher lecteur, Claudio n’a pas le temps de s’ennuyer, il a su mener ses rêves au delà de son sommeil, et ses terrains de jeux sont multiples - Nichelodeon est un de ceux là.

Nichelodeon se veut être l’expression d’un spectacle total. Né en 2007, le groupe comptait à l’époque dans ses rangs Francesco Zago que l’on peut retrouver dans de multiples projets progressifs avant-gardistes. Ukiyoe (Mondi Fluttuanti) est lui, un projet ambitieux rassemblant une quantité impressionnante d’intervenants composée de multiples artistes et plusieurs dizaines de musiciens d’horizons divers tels que la musique classique, le jazz, la musique expérimentale, l’électro. Nous avons ici entre les mains une œuvre multi-influencée, des « mondes flottants » parcourus de vaisseaux animés par le souffle de Claudio Milano qui exploite pleinement sa voix dont l’étendue se déploie sur sept octaves. Claudio pourrait être comparé à Diamanda Galas au masculin. Son chant est d’une expressivité extraordinaire, tantôt sombre tantôt nimbé d’un orbe de lumière.
Avec Ukiyoe, nous pénétrons dans un monde aquatique où la nature aurait eu une imagination incommensurable. Le vaisseau sur lequel vogue Claudio navigue sur des eaux aux relents de musique classique contemporaine, de jazz, de musique bruitiste, d’électro-acoustique voire de chants qui pourraient, s’ils n’étaient pas nimbés d’étrangeté et de dissonance, être qualifiés de populaires. Les compositions passent d’un style à l’autre au fil du roulis et du tangage mais l’esquif reste solide et affronte sans broncher les tempêtes et pot-au-noir de cet océan onirique. Les performances vocales et la présence de Claudio Milano sont le fil conducteur de l’album admirablement secondé par des musiciens de talent et une prise de son qui restitue toute la sensibilité et beauté de l’œuvre. Claudio vit sa musique. Il est sa musique, uni avec elle dans des sortes de « noces chymiques », elle prend vie par lui et devient matière ; il incarne sa voix, car Claudio, avant d’être de chair est corde vibrante, artiste total. Jamais son et musique vous feront entr'apercevoir autant d’images et de couleurs, vous aurez avec seulement ces quelques vibrations un spectacle total si peu que vous sachiez fermer les yeux.

Le jardin dans lequel éclosent les mélodies que compose Claudio Milano peut être comparé à ce brin d’énergie quantique, qui, en entrant en vibration fait émerger un univers tout entier et une conscience pour l’admirer. Claudio est holistique, il est un prisme qui comme celui de Newton décompose le tout en parties complémentaires puis assemble, transforme, recompose d’autres vibrations pour en faire des chants mélodieux. Il est comparable au pendule de Foucault qui a « conscience » qu’il fait partie d’un tout infiniment plus grand que lui.

Claudio a deviné le secret des oiseaux, ils nous font eux aussi en chantant, partager leur bonheur en exprimant leur joie d’être tout simplement là... pour rien…

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